Quelques affiches sont apparues sur des panneaux publicitaires dans la nuit du 23 au 24 mars, dans l'optique de faire ressortir les grandes lignes de la manifestation qui aura lieu demain, vendredi le 25 mars, à Québec. Itération  locale d'une manifestation qui aura lieu dans des centaines de villes à travers la planète, la marche qui est prévue à Québec s'attaque à des projets destructeurs et indésirables en préparation : le 3e lien autoroutier qui défigurera le centre-ville en plus de l'inonder de voitures, profitant aux spéculateurs et à l'étalement urbain, la Zone d'Innovation du Littoral Est qui prévoit l'installation d'une zone industrielle de hautes technologies dans un quartier populaire, et l'augmentation des normes de nickel dans l'air, cette poussière métallique qui nous empoisonne.

 

Le 3e lien, mais pour aller où? Nulle part.

Nous roulons en rond dans la nuit, et nous sommes consumé.es par le feu

 

 

Une affiche réalisée à partir d'un dessin d'enfant, montrant une voiture en fleurs allant à grande vitesse, la nuit. Le texte est un détournement du palindrome latin popularisé par Guy Debord : In girum imus nocte et consumimur igni. Il évoque l'image des papillons de nuit, qui obsédés par la lumière du feu s'en rapprochent de plus en plus et finissent par s'y brûler. Il arrive comme réponse à une question qui est complètement évacuée par les discussions autour du 3e lien : qu'est-ce qui est mis en relation à travers ce nouveau moyen de transport ? Où nous amènera-t-il, ce 3e lien entre Québec et Lévis? D'une banlieue de plus en plus étendue, qui sert uniquement à la reproduction du capital humain, à une ville qui concentre les lieux du travail - d'administration et de production - et de consommation. Le reste est enseveli sous la spéculation foncière, les infrastructures de transport. Lier deux espaces morts, deux nulle parts complètement dirigés par la logique du capital autoritaire, c'est le projet du 3e lien. Ce qui est mis en relation, c'est du capital sous différentes formes : moyen de production, capital humain, capital-marchandise.

 

Nickel, de l'allemand kupfernickel : le cuivre du Diable

 

 

Au XVIIe siècle, des mineurs de Saxe en Allemagne ont baptisé le minerai que nous appelons aujourd'hui «nickel» kupfernickel. À cause de sa couleur rouge, ils croyaient être devant du cuivre, kupfer, mais leur incapacité à extraire le cuivre du minerai laissait croire qu'ils se trouvaient devant une oeuvre du diable (nick, un surnom qui lui était donné), qui tentait de les leurrer. On ne croit plus aujourd'hui que le nickel est un leurre du cuivre, mais il porte toujours ce nom qui le ramène à son origine d'illusion. L'illusion a changé, c'est aujourd'hui celle de la transition énergétique qui oriente les discours légitimant l'exploitation, le transport et la transformation du nickel. Aujourd'hui, près de 20% de la production mondiale de nickel sers à la fabrication de batteries de voitures électriques. C'est un des goulots d'étranglement de cette industrie, c'est-à-dire que la vitesse de production des voitures électrique est limitée entre autres par la vitesse de production du nickel. Tesla est aujourd'hui un acteur majeur dans la perpétuation du colonialisme en Nouvelle-Calédonie, colonie qui a été fondée sur l'exploitation du nickel par des minières françaises, qui se sont ensuite installées au Canada. Sur les territoires Inuit, où le nickel transbordé à Québec est produit, les poussières foncées qui se répandent sur les glaces causent une fonte accélérée, qui a entraîné des difficultés dans la possibilité de vivre du territoire, et même la mort d'un homme noyés entre les glaces. La hausse des normes de nickel dans l'air, cette poussière de métal qui empoisonne les résidants de Limoilou et de la basse-ville de Québec pourrait bien nous être enfoncée dans la gorge au nom de la lutte aux changements climatiques, tout comme les usines de fabrication de batteries qui se multiplieront dans les prochaines années. Ce sont des leurres diaboliques qu'il faut tâcher de combattre.

 

Ville cannibale ou ville carnaval

 

 

Le projet d'instauration d'une Zone d'Innovation dans le quartier Maizerets à Québec, et sa contestation par différents groupes, en faveur de la cession des terrains de la ville à des collectifs nous mettent face à deux visions de l'espace urbain : la métropole qui veut attirer les industries, un espace contrôlée, surveillé en continu, de plus en plus cher, high-tech, une métropole qui revalorise tout, qui dévore le territoire, qui efface ce qui subsiste de communauté. La ville carnaval qui veut prendre place dans les terrains laissés à l'abandon, dans les ruelles, dans les cul-de-sac, mettre ensemble des petits morceaux d'existence, des intensités furieuses et joyeuses et partager ce qui en ressort pour échapper à ce qui nous écrase. Pour déserter la vie morne de la métropole et lancer des grands signes pour que quiconque puisse la rejoindre. Ville cannibale ou ville carnaval, une affiche posée sur le garage municipal de la Canardière, un lieu contesté où plus que des visions, mais des manières de vivre sont en conflit.