Garry Metallic Sr. est le chef traditionnel de Gaspe'gawa'gi, le territoire tradtionnel Mi'kmaq  où se trouve le Camp de la rivière. Voici un extrait d'une entrevue qu'il nous a donné.                      

                         

  CDDT - Quelles sont les différences entre les conseils traditionnels et les conseils de bande Mi'kmaq?          

 

Gary Metallic Sr. - Historiquement, avant l’invasion européenne, nos ancêtres avaient leurs propres systèmes de gouvernement par lesquels des membres de la famille nommaient un porte-parole ou un chef. Certains d’entre eux étaient héréditaires, de père en fils, d’autres étaient simplement des chefs choisis par les familles et les clans. Ça a été comme ça jusqu’en 1876, quand le Canada, sous John A. McDonald, un de ses pères fondateurs, a mis sur pied le système de la Loi sur les Indiens qui a créé de nouveaux systèmes de gouvernement pour les Indiens, remplacé les systèmes de gouvernance ancestraux que nous avions pour mettre en place les conseils de bande, où les chefs étaient élus par vote. Selon eux, c’est ainsi que nos peuples accèderaient à la démocratie, mais nous avions une autre vision de ce système. Le gouvernement traditionnel Mi'kmaq  a survécu à ce changement forcé que nous voyons comme un génocide politique : ils ont essayé d’effacer nos structures traditionnelles et de nous en imposer d’autres à travers la Loi sur les Indiens. Ils ont échoué.  

 

CDDT - Comment le gouvernement traditonnel fonctionait-il?

 


  G. M. Sr. - Dans notre cas en tant que Mi'kmaq, nous faisons partie des nations ancestrales, qui comprennent sept districts. Les sept districts avaient chacun un chef de district et c’est la position que j’occupe. Sous les chefs, il y a des sous-chefs et des chefs locaux. Dans notre district, des femmes et des hommes occupent ces positions. Les sept districts avaient des systèmes politiques différents avant la Loi sur les Indiens de 1876. Nous avons relancé le nôtre en 1992 et nous avons résolument agi comme système de gouvernance originel sur notre territoire. Même si les conseils de bande de la Loi sur les Indiens s'y sont opposés, le tribunal et même la Cour suprême du Canada a reconnu l’existence de ces systèmes de gouvernance traditionnels. 

 

CDDT - Est-ce que le Grand Conseil Mi'kmaq est aussi  une forme traditionnelle de gouvernement?           

 

G. M. Sr. - Non, malheureusement pas. Les sept districts étaient des districts indépendants au sein de la nation. Les chefs de district et les chefs locaux dont j'ai parlé étaient les autorités gouvernementales des sept districts. Ils avaient leurs propres systèmes et il y avait un Grand Chef, mais il n'était qu'un porte-parole, un président, un modérateur. En 1990, j'en étais membre, mais je trouvais que c'était trop influencé par l'Église et j'ai dit: «Ça y est, je ne viendrai plus pas aux réunions du Grand Conseil. Je retourne dans mon district et je vais relancer notre gouvernement tel qu'il était avant le contrôle du Canada et de l'Église».                                                

 

CDDT - Y a-t-il d'autres districts dans la même situation? Est-ce quelque chose que vous avez l'intention de mettre de l'avant dans d'autres districts Mi'kmaq?                                    

 

G. M. Sr. - Depuis deux décennies, notre district tente de faire revivre tous les districts pour que le conrôle du Conseil de bande soit supprimée, quele contrôle du Grand Conseil soit supprimée et que le système de gouvernance original soit remis en place pour contrer les revendications territoriales qui se poursuivent entre le Canada et les Conseils de bande. Lorsque Trudeau est arrivé au pouvoir, il a dit « de nation à nation », mais en fait, ce n’est pas une relation de nation à nation, c’est un seul et même organisme fédéral. Ainsi, lorsque cet organisme fédéral négocie nos droits territoriaux et issus de traités, il y a un profond conflit d’intérêts. Les systèmes originels de gouvernement, c’est-à-dire nous, ne leur ont jamais donné ce consentement. Nous sommes rencontrés le 1er octobre ici à Restigouche pour aider les autres districts à relancer leur système de gouvernance en vue d'envoyer un avis au Canada après le Nouvel An, leur disant qui sont les véritables nations. 

 

CDDT - Comment expliquez-vous la différence entre les réactions opposées du Conseil traditionnel et du Conseil de bande à la lutte contre Junex qui a eu lieu au Camp de la rivière l'été dernier?                                                    

 

G. M. Sr. - Dès que nous avons été informés du blocage, on nous a demandé notre soutien aux gens derrière la barricade. Nous avons apporté notre soutien aussi longtemps qu'il s'agisse d'une opposition pacifique. Nous avons soutenu qu'il ne devait pas y avoir de fracturation ou d'extraction de pétrole ou de gaz naturel sur nos territoires parce que ces pratiques ayant pu être observées ailleurs au Canada et aux États-Unis ont eu comme résultat l'empoisonnement des eaux et de la faune dans les régions avoisinantes. En tant que gouvernement traditionnel, nous ne nous soucions pas de l'argent. Nous n'en avions rien à faire de leurs offres. Lorsque nous avons vraiment commencé à enquêter après les actions contre Junex, nous sommes arrivés à la conclusion que les Conseils de bande, eux, négociaient des ententes. On a vu une collaboration claire entre les conseils de bande, le MMS, les compagnies pétrolières et gazières et le gouvernement du Québec. Ils essaient de négocier une part des revenus, mais peu importe quelle est la proposition, nous ne l'accepterons pas. Cependant, nous avons aussi statut légal, voulant que le Canada et le Québec ne possédent pas les titres de propriété des territoires de la Gaspésie.

 

  CDDT - Cette opposition entre les différentes formes de souveraineté a-t-il déjà eu lieu dans des luttes anti-extractivistes sur le territoire mi'kmaq?                                           

 

G. M. Sr. - C'est comme ce que nous voyons ici, avec le mouvement contre Junex. Si nous analysons les événements d'Elsipogtog en 2013, dans les coulisses, cette société des États-Unis payait les chefs des conseils de bande au cours de réunions secrètes. De l'argent était canalisé vers les Conseils de bande et personne ne le savait avant que la situation ne se dégrade. C'est la même chose ici, comme je vous l'ai dit, Junex et toutes les autres compagnies ont versé de l'argent à ces Conseils de bande. Nous n'en connaissons même pas encore les montants. Dans tous les cas, les conseils de bande ont déjà signé des ententes avec ces compagnies pétrolières et gazières, et la plupart des manifestants sont des traditionalistes. C'est la même chose en Nouvelle-Écosse avec le Treaty Truck House Against Alton Gas.                          

 

CDDT - Quelqu'un du camp contre Alton Gas a mentionné que chaque lutte contre une compagnie pétrolière et gazière s'avère être aussi une lutte contre la Loi sur les Indiens.               

 

G. M. Sr. - Exactement!           .