Une contribution de Coralie LaPerrière / @anar_coco

 

C’était pas ça le deal Franky. Le deal, c’était qu’on faisait de notre mieux chacun de notre bord avec les ressources qu’on a, pis on espère que ça marche. C’est ça le deal en pleine crise.

Mais là, c’est pas qui se passe Franky. T’as pas l’air de faire de ton mieux, t’as l’air de rien faire pantoute. T’as des ressources financières, alors qu’on est raide pauvres. T’as des ressources humaines, alors qu’on est tu-seul. On est dans un vélo tandem pis tu te laisses tirer. On pédale pour deux, pour trois, pour quatre. On rit de nous pendant qu’on s’épuise.

C’est le couvre-feu pour nous, mais pas de N-95 pour les soignants.

C’est le couvre-feu pour nous, mais pas d’échangeurs d’air dans les écoles, dans les CHSLD.

C’est le couvre-feu pour nous, mais pas pour les mines, les forestières, qui coupent, qui creusent, à longueur de journée et de nuit.

C’est le couvre-feu pour nous, mais pas pour les entreprises manufacturières qui représentent 40% des cas d’infection, qui détruisent la planète, l’économie, la santé mentale.

( Genre : Les abattoirs et les usines de transformation de la viande sont dans les top de lieux de transmission, tout ça pour tuer des bêtes qui (par leur élevage) tuent la planète. Tout ça pourquoi, du bacon ? On pourrait régler une partie de la crise sanitaire et climatique en leur demandant de fermer pour tu suite. En leur retirant le financement public par la suite. « Ouiiiii maiiiiiiiiis les joooooobbbbbbzzzzz » T’sais que le boeuf du Québec est pas trop cher pour le consommateur parce que c’est le gouvernement qui assume une partie de la facture ? T’sais que les fraises du Québec sont plus chères que celles d’ailleurs, même en saison, parce que le gouvernement s’en calice ? Choices. )

La clé d’une bonne gestion de crise sanitaire, c’est la confiance. Les experts l’ont dit et l’ont répété. La confiance, ça se conserve via de la communication, de la transparence, de l’humilité. Pareil pareil comme une relation de couple. Mais, on t’as vu fermer la gueule à ta femme en ondes Franky, t’as pas l’air ben ben accommodant, pas l’air ben ben attentif.

Tu veux qu’on te fasse confiance, mais tu nous donnes e-rien Franky. E-rien.

Le porte-parole du deuxième groupe d’opposition a demandé au gouvernement de montrer les justifications scientifiques de la recommandation de la santé publique au sujet du couvre-feu, et il s’est fait répondre qu’il entrait dans les théories du complot. … Exactement comme un partenaire de marde qui gaslight sa moitié parce qu’elle demande qui l’a texté.

Belle transparence.

Entendez-moi bien, je ne suis pas « anti mesure de couvre-feu. » Si c’était réellement la dernière de nos options pour endiguer le virus, je serais la première avec un mégaphone dans un char à crier au monde de rentrer chez eux. Effort de guerre.

Mais là, là là. Y’a un million de choses que t’aurais pu faire avant ça, Franky. Déjà dire « scuse » et « on ne sait pas, on n’est pas certains » plus souvent. Déjà. Écouter la santé publique au lieu d’écouter l’agence de communication Cossette, aussi. Dénoncer plus souvent la violence familiale que d’encourager la délation des voisins, entres autres. Pis surtout, arrêter de nous prendre pour des cruches avec tes « défis 28 jours », « le dernier sprint », « le prolongement du congé des fêtes », le « traitement choc » , osti.

Non, non. C’était pas ça le deal Franky.

Mon chum appelle ça « de l’autoritarisme par incompétence ».

Parce que Franky a perdu la confiance de la population, il essaie le contrôle par la peur. Classique leader déchu.

Et puis, on va se le dire, cette histoire de couvre-feu n’est qu’un autre exemple flagrant de racisme systémique. Pendant le temps des fêtes, les policiers remettaient des avertissements au lieu de ticket. Pensez-vous vraiment que ça va être si compliqué que ça, si on est blanc, de se faufiler ? Je suis pas mal sûre, on le testera si vous voulez, que je suis capable d’éviter tous les tickets que je rencontrerais sur mon passage si je sortais après 8h le soir. « Je cherche mon chat ! » « Je vais voir mon ami, il va vraiment pas bien. » « Je livre de la bouffe. » « J’ai été enlevée par des extraterrestres et ils m’ont déposée ici. »

Malheureusement, ça n’a pas pris trois semaines de couvre-feu avant que les policiers abusent de leur pouvoir en voulant checker le lunch d’une travailleuse essentiel ou bien qu’une personne itinérante, Raphaël André, décède dans d’affreuses circonstances. C’était tellement tellement pas ça le deal Franky. Fallait sauver des vies, pas en détruire.

Et puis, Franky, tu penses vraiment que les gens arrêtent de se voir avec ton p’tit couvre-feu à la con ? Que personne n’aura de contact entre 5h et 20h ? lolilol

Ce qui aurait fallu que tu fasses Franky, c’est de l’éducation. Combien de fois on a lu dans les médias que les voyageurs pensaient qu’ils pouvaient plus facilement attraper la COVID dans un Costco que dans le Sud ? Clairement, les gens ne comprennent pas l’enjeu. Et c’est pas grave, y’en a pas de question niaiseuse, il faut juste leur expliquer.

Pas avec des annonces rappées pour mettre son masque dans l’autobus. Non. Avec un sketch, carrément, avec des mises en situation. « VOICI UN EXEMPLE DE TRANSMISSION DU VIRUS DANS LES LIEUX DE TRAVAIL ». À force d’avoir peur de prendre la population pour des cons, on finit par la prendre pour des criminels. Et ça, c’est criminellement con.

C’était pas ça le deal Franky. Le deal c’est que tu prennes soin de nous, pas de tes petits amis.

Rendu là, démissionne Franky