Nous publions les contributions ponctuelles, communiqués et publications anonymes reçus par courriel – pour autant que les publications proposées s'intègrent dans l’esprit de la plateforme sans toutefois être rattachées à un projet. Pour nous faire parvenir une publication, écrivez-nous à contrepoints-media@riseup.net.

*** Les travaux ont été annulés pour la journée. Le blocage est terminé selon nos informations. ***

Près de 200 personnes se sont rassemblées le 5 novembre 2020 en avant-midi au "terrain vague" qui délimite l'est du quartier Hochelaga-Maisonneuve près des voies ferrées, à l'intersection des rues Notre-Dame et Dickson. Pénétrant dans une zone où avaient lieu des travaux de voirie, sans égard à la promesse du ministère des Transports du Québec de cesser les activités de construction dans la zone, les manifestant.es. ont cadenassé des clôtures autour du périmètre, empêchant ainsi la poursuite des travaux. Respectant la distanciation sociale et le port du masque, les protestataire.s ont fait régner une ambiance festive sur les lieux, avec musique et chocolat chaud. Ils et elles demandent l'arrêt complet des travaux sur toute la zone, autant du côté du boisé Steinberg que dans la portion sud du terrain vague.

Dans le terrain vague on retrouve le seul terrain boisé de l'est d'Hochelaga-Maisonneuve, un havre de paix tant pour ses habitant.es et ses voisin.es, que pour les oiseaux migrateurs y faisant escale. Au cours des derniers mois, nombreuses mobilisations de groupes citoyens ont créé des remous, leurs voix s'élevant contre le projet d'y construire une bretelle d'autoroute obligeant le ministère à promettre un nouveau tracé qui éviterait le boisé Steinberg, situé au nord de la rue De Rouen. Cette bretelle était un des éléments du projet de loi 66 annoncé le 23 septembre dernier par le gouvernement visant la relance de l'économie québécoise par l'accélération de projets d'infrastructures. Alors que la ville de Montréal et le Ministère des Transports ont annoncé une pause visant à revoir leur projet de construction d’une boucle autoroutière, la firme Ray-Mont Logistiques pour sa part continue sans relâche les travaux dans la partie sud du terrain.

Louise Theriault, résidente du quartier explique ainsi sa présence sur ce blocage:           

«Moi je suis pas porte-parole ni rien, mais je tiens à dire que le terrain vague, on y habite, on y marche, on y respire de l'air pur et on y fait de belles rencontres. Tout ça, c'est très précieux pour la santé mentale en temps de pandémie. Les developpements des dernières annees ont détruit la majeure partie de la forêt qui était ici, où je jouais lorsque j'étais enfant. Maintenant, on en est rendus à paver l'ancienne forêt pour la remplacer par une autoroute bruyante, dérangeante, et qui profite juste à la mafia de la construction et du port. Ça suffit! »

Pour Alexandre Cadieux, résident de Viauville depuis cinq ans qui a rejoint la manifestation alors qu'il passait en vélo par hasard, cette action de perturbation des travaux s'inscrit parmi les autres mobilisations des derniers temps : plantages de bulbes et d'arbres,  activités de porte-à-porte, affichages dans le quartier, etc. Selon lui, au coeur de ces actions se trouve l'importance de respecter les différents usages des lieux. En ce sens, il se montre perplexe devant les propositions de parc urbain qui ont déjà été avancées par différents acteurs: 

« C'est le seul espace ou on peut encore être bien dans le coin. Sinon tout est quadrillé, bétonné et bruyant. Même les parcs sont hypersurveillés et organisés de manière à contrôler les usages possible. On a plus le droit de rien faire à Montréal. En parlant avec les gens ici, j'ai perdu mes illusions sur la possibilité de transformer cet espace en parc. Les gens qui s'y connaissent un peu savent que pour faire un parc ils vont devoir décontaminer le sol, ce qui impliquerait de tout raser, et puis de poser des arbres tout petits qui vont prendre 40 ans à pousser. Alors que maintenant, le terrain vague il est déjà parfait pour plein d'usages. Que cet espace devienne un stationnement ou un parc, dans tous les cas ils vont tout raser. »

 

Sur une bannière accrochée aux barricades on peut à ce sujet y lire : « NI PORT, NI ROUTE, NI PARC ». Dans la foule, on pouvait d'ailleurs entendre des échos des propositions d'Alexandre: «Nous ce qu'on demande c'est que cet espace soit laissé tel quel!», s'exclamait une personne âgée qui vit dans une résidence près des lieux et qui tient à garder l'anonymat. Lorsqu'on l'a interrogée sur la suite des choses, cette dame a laissé entendre que plusieurs aîné.es se souviennent des grands marécages du Viauville de leur enfance, et que si on les pousse à bout, ils vont finir par sortir pour défendre le droit de respirer l'air pur du boisé.

Sans vouloir donner plus de précisions, les habitant et habitantes ainsi rassemblées affirment continuer leurs efforts de contestation jusqu'à ce que leur parole soit écoutée.  Plus de détails à venir.