La crise COVID-19 aura mis le spotlight sur bien des problèmes majeurs de la société québécoise et canadienne comme le sous-financement éléphantesque des services publics telles la santé ou l’éducation. Nous l’avons vu, de multiples groupes se sont formés sur les médias sociaux. Des groupes qui ont la vocation de réfléchir sur l’après-crise. Des réflexions qui, pour la plupart, visent à améliorer et à changer notre façon de vivre dans nos sociétés capitalistes. Et donc, on a beaucoup parlé, par exemple, d’achat local, d’entraide, de décroissance. Toutefois, nous remarquons que certains sujets ont été écartés, entre autres le milieu carcéral québécois et canadien. En effet, la situation en milieu carcéral en ce temps de crise est critique et nécessite autant notre attention. Car comme l’écrit Dostoïevski, « Une société ne devrait pas être jugée par la façon dont elle traite ses citoyen.ne.s émérites, mais par comment elle traite ses criminel.le.s »

 

Alors que les gouvernements québécois et canadiens demandait à la population de s’isoler à la maison et d’éviter les contacts non essentiels avec les autres, on observe une situation complètement inverse dans les prisons provinciales. En effet, une demande d’accès à l’information effectuée par l’opposition et réalisée par le ministère de la Sécurité publique du Québec en 2016 nous a appris qu’un problème de surpopulation sévit dans nos établissements de détention. Par exemple, les prisons d’Amos et de Saint-Jérôme en 2016-2017 avaient un taux d’occupation s’élevant à 112 %. Le fait que ces lieux soient surpeuplés et exigus fait en sorte que plusieurs détenu.e.s sont dans l’obligation d’être enfermé.e.s à deux dans une cellule déjà trop petite pour un seul individu.

 

Pour ce qui est des établissements fédéraux, où les problèmes d’exigüité et de configuration architecturale sont les mêmes, un autre problème s’ajoute : la population vieillissante. En effet, alors que les personnes âgées constituaient 11,5 % de la population carcérale en 1998, elles en constituaient 25,2 % en 2018 (Godbout, 2020). On ne cesse de répéter que les personnes âgées sont les personnes les plus à risque bien qu’on laisse ces personnes à elles-mêmes dans un milieu très dangereux pour elleux.

 

Pendant que les gouvernements ne mettent rien en oeuvre pour améliorer la situation en milieu carcéral, les prisonnier.ères en payent le prix. Celleux qui présentent des symptômes relatifs au COVID-19, au lieu d’être envoyé.e.s en milieu hospitalier, sont plutôt envoyé.es en isolement (Pineda, 2020). Or, force est de constater que les conditions d’isolement en milieu carcéral québécois sont inhumaines. En effet, comme l’a écrit Kim Pate (s. d.) « L'isolement est à la fois un statut et un endroit. Il a des effets physiologiques et psychologiques dommageables, des effets profonds et bien documentés en recherche. » Il est évident que les prisonnier.ère.s atteint.e.s ou présentant des symptômes relatifs au COVID-19 n’ont pas besoin d’un environnement qui ne fera qu’aggraver leur état mental dans cette situation suffisamment stressante. De plus, comme l’a noté le Protecteur du citoyen dans son rapport de 2007-2008 (p. 107), il arrive trop souvent que les cellules d’isolement soient insalubres et mal entretenues. Par exemple, certaines cellules peuvent être équipées de toilettes brisées pendant plus d’un mois. Et ce n’est pas la peine d’espérer du gouvernement un changement de vision quant à l’isolement en prison. Alors qu’il avait annoncé le dépôt d’un plan modifiant les règles d’isolement cellulaire dans ses prisons, il a finalement reculé et a repoussé l'échéance à plus tard (Charbonneau, 2019). 

 

S’il est admis, au Canada, que les personnes délinquantes jouissent des mêmes droits de la personnes que les autres pendant leur incarcération, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Il est donc pressant que les gouvernements prennent les choses en main et acceptent leur responsabilité vis-à-vis ces personnes qu’ils ont mises en situation de précarité. C’est encore plus vrai en temps de pandémie alors même que la Cour supérieure de l’Ontario a reconnu que la population carcérale est plus à risque que le reste de la population (Ligue des droits et libertés, 2020).

 

Pour conclure, notons que c’est la négligence du système carcéral précédant la pandémie qui a fait en sorte qu'aujourd'hui la situation soit critique. Nous souhaitons ainsi ouvrir la porte au débat et à la réflexion afin d’agir contre le système carcéral actuel. D’ailleurs, plusieurs groupes au Québec et au Canada luttent déjà en ce sens comme Alter Justice, Ligue des droits et libertés, Collectif opposé à la brutalité policière ou Stoppons la prison.

 

Solidarité avec les détenu.e.s !



PS: Le détenus de la prison de Bordeaux ont sorti un manifeste dans le cadre d’un grève de la faim s’opposant au traitement qu’on leur réserve durant la crise: https://mtlcontreinfo.org/manifeste-des-detenus-de-bordeaux/







Sources

Charbonneau, J., Isolement dans les prisons : Québec prolonge sa réflexion, Société Radio-Canada, 2019.

Godbout, M., Les oubliés du système carcérale, Société Radio-Canada, 2020. 

Ligue des droits et libertés, Communiqué : Personnes en détention et COVID-19 ; L’urgence est de plus en plus grande, 2020.

Ministère de la santé publique, Étude des crédits 2016-2017, Gouvernement du Québec, 2016. 

Pate, K., Abolir l’isolement et repenser la prison, Association des services de réhabilitation sociale du Québec, (s. d.)

Pineda, A., Une vingtaine de détenus présentent des symptômes du coronavirus, Le Devoir, 2020.

Protecteur du citoyen, Rapport annuel d’activité 2007-2008, 2007-2008.