Au cours de la manifestation pour le climat du 27 septembre dernier, la voix d’une personne au ton exaspéré répondait à un slogan anticapitaliste: « On peut tu arrêter de tout mêler et faire une manifestation juste pour l’environnement sans parler du capitalisme? ».

Notre réponse à cette question en tant que collectif féministe, anticolonialiste, écologique et anti-impérialiste: un NON clair et net. Non, on ne peut pas parler des crises climatiques sans parler du système capitaliste, puisqu’ils sont justement liés.

 

Les problématiques environnementales

La crise environnementale et les dérèglements climatiques signifient pollution de l’air et de l’eau, érosion des sols, fonte des glaces, espèces en voies d’extinction, pluies acides, feux de forêts, sécheresses et inondations. On calcule la crise en émission de gaz à effet de serre, en degrés Celsius et en nombre de réfugié·e·s climatiques. On nous dit que pour contrer ces impacts, il faut changer nos habitudes, mieux consommer, acheter vert, prendre les transports en commun, utiliser des sacs réutilisables et passer moins de temps sous la douche.

Or, l’activité humaine, notamment en Occident, est dirigée par trois systèmes de pouvoirs : l’exploitation (et la capitalisation) des ressources, la domination hétéropatriarcale et la colonisation (et le racisme). Ces trois systèmes sont interdépendants et se renforcent les uns les autres. La crise environnementale actuelle est une conséquence directe de leur existence. On ne peut pas comprendre et affronter cette crise en omettant que l’on vit dans un monde capitaliste, où la nature est l’objet d’une exploitation extractiviste1 effrénée. Pas plus qu’en faisant semblant que chaque personne a une part égale de responsabilité, ou sera touchée de la même façon peu importe la couleur de sa peau, son identité de genre, où elle vit ou l’argent qu’elle a.

 

Le Canada : exploiter pour s’imposer

L’État canadien impose sa domination sur d’autres territoires en s’appropriant des ressources par diverses stratégies. En Colombie, par exemple, les compagnies minières et pétrolières canadiennes profitent de l’instabilité causée par le conflit social et armé pour récupérer des terres de populations forcées de se déplacer. Les familles qui décident de résister et de rester sur les territoires font face à des menaces et agressions allant jusqu’à la criminalisation et l’assassinat ciblé. Tout cela opéré par des acteurs armés engagés par les entreprises privées ou appartenant à l’État. Le monde des affaires alimente la violence du conflit afin de maintenir son emprise sur ses territoires d’exploitation. Ainsi, les entreprises canadiennes sont directement liées aux déplacements de population à l’intérieur et à l’extérieur du pays. "Depuis l'arrivée des multinationales en Colombie, on calcule qu'elles sont responsables d'environ 12 000 assassinats, 3700 disparitions et 1 million de déplacements forcés" (Trochando sin Fronteras). Les compagnies s’installent souvent sans consulter les populations, un droit qui leur est pourtant garanti pour certaines communautés par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) et la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT). Quand il y a des consultations, elles sont souvent truquées pour influencer les communautés à céder leurs terres aux entreprises.

 

Du racisme environnemental et du patriarcat

À cause des impacts spécifiques qu’elles vivent, ce sont souvent les personnes s’identifiant comme femmes qui se retrouvent en première ligne des luttes pour la protection des territoires. Pour ne nommer que quelques exemples des liens indissociables entre le patriarcat et l’impérialisme, notons que lors de déplacements forcés, les femmes se retrouvent souvent d’autant plus vulnérabilisées puisqu’elles sont celles qui s’occupent généralement davantage des enfants et des personnes aînées (c’est le cas en Colombie, mais au « Québec » aussi). Par ailleurs, dû au fait que les titres de propriétés appartiennent encore davantage à des hommes, les femmes auront plus de difficultés lors de processus de récupération des terres (Tribunal Permanent des Peuples sur l’industrie minière en Amérique latine, 2014).

Les impacts socio-environnementaux des projets extractifs ne sont pas les mêmes pour tou·te·s. Ils varient en intensité en fonction de la classe sociale, de la race construite, du genre, des processus de colonisation sur les territoires. Les personnes et les groupes sociaux les plus affecté-es par les problèmes environnementaux sont ceux et celles qui bénéficient le moins du modèle économique qui cause ces problèmes. Et c’est vrai partout dans le monde : l’absence d’eau potable dans plusieurs communautés autochtones du Canada, les conséquences dévastatrices de l’ouragan Katrina pour les populations afro-américaines et pauvres de la Nouvelle-Orléans, l’injustice pour les survivant.es de la catastrophe de Bhopal en Inde, sont tous des exemples de racisme environnemental2.

 

Vert : la couleur de l’environnement

Ici, les personnes les plus affectées par la crise sont des groupes plus précaires qui ne peuvent pas se permettre les supposées solutions que le capitalisme, maintenant drapé de «vert» se propose de nous faire avaler, comme se payer des produits biologiques, s’acheter une brosse à dent en bambou ou une auto électrique. Ces propositions sont coûteuses, souvent inutiles ou même nuisibles. D’où l’importance de réfléchir aux alternatives pour faire face à la crise sociale et climatique en fonction des systèmes de pouvoirs et non des solutions individuelles seulement.

Le capitalisme vert reste du capitalisme... Le cas de l’entreprise hydroélectrique Hidroituango, en Colombie, le démontre. En voulant redorer son image avec un projet d’énergie renouvelable, la Caisse de dépôt et de placement du Québec a décidé d’investir dans ce barrage construit sur le deuxième fleuve le plus important du pays. Or, le barrage a aggravé un des désastres écologiques les plus importants de l’histoire de la Colombie. Des communautés ont été déplacées et ceux et celles qui ont osé élever leurs voix contre ce projet vivent avec des menaces de mort. Continuer à exploiter des populations ne fait que renforcer les systèmes qui provoquent la crise climatique actuelle.

Alors, quand on voit Justin Trudeau, icône de l’État impérialiste qu’est le Canada, se pavaner dans une marche pour le climat, oui, il est essentiel de se rappeler que la crise environnementale est non seulement liée, mais qu’elle est une conséquence directe du capitalisme, du patriarcat, du colonialisme et du racisme.

 


1 Le terme « extractivisme », qui vient d'« extraction », se réfère à une économie de l'offre et de la demande dans laquelle les ressources naturelles (minérales, pétrolifères, agricoles, animales, sylvicoles, etc.), considérées centrale à la richesse d’une région ou d’un pays, sont exploitées massivement, pour ensuite être vendues sur les marchés, habituellement internationaux, selon des prix déterminés par ceux-ci.

2 Le racisme environnemental est une forme de racisme systémique, défini ainsi par la Fondation canadienne des relations raciales : « Les gens de couleur, les groupes autochtones, les gens de la classe ouvrière et les personnes à faible revenus se trouvent exposées de manière disproportionnée aux dangers environnementaux et aux risques que présentent des substances industrielles toxiques, l’air pollué, l’eau insalubre, les conditions de travail nuisibles à la santé et l’emplacement d’installations dangereuses et toxiques, telles que des incinérateurs et des décharges de déchets toxiques. »

 

Article écrit pour la Convergence des luttes anticapitalistes