La forme proposée, celle des comités, vise à favoriser l’autonomie et l’initiative locale. S’il est nécessaire de soutenir le Camp de la Rivière, nous croyons enl'importance de reterritorialiser les luttes. L’idée de croiser défense et décolonisation est de nous donner un sens commun sans fonctionner de manière programmatique. Chaque lieu, chaque réalité amène des situations différentes sans solution universelle. C’es tpourquoi nous proposons le sentier de l’humilité :«avancer en questionnant». Il est nécéssaire de partir desconditions vécues et de construire à partir de là, d’agirdirectement tout en s'organisant sur le long terme. Pour ce faire, nous suggérons des pistes pour les mois à venir.

 

I ­ - Enquêter sur les territoires

Il est tout d’abord nécessaire de faire enquête. Pratiquerl'enquête, c'est apprendre à désigner l'ennemi en le faisant apparaître concrètement, dans ses plans et ses politiques. Tout autant, c'est suivre à la trace ce qui déborde de cettelogique et tente d'y mettre fin. Cette étape déjà en cours,consiste donc à repérer, à identifier, à comprendre, partout sur le territoire, les projets de l'économie extractiviste et leurs articulations avec le programme colonial. On retrouve cette articulation dans l'aménagement même du territoire et dans l'omniprésence des infrastructures d'extraction. L'espace y est fracturé d'inégalités et réunifié par tout un réseau de communication et de circulation. Il faut en saisir le fonctionnement, les méthodes et plus particulièrement,comprendre comment cette politique extractiviste mèneau sous ­développement et à la perte de souveraineté pourles habitant.es des régions périphériques. Dans un mêmegeste, il nous faut se lier aux résistances et comprendre l'ennemi à partir de comment elles le désignent. Il s'agit de se lier aux personnes qui habitent le territoire et quiluttent pour le défendre. Cela implique d'apprendre à tenir à ce qu'elles aiment et à mépriser ce qui le menace, de partager la vie.

 

II­  - Construire l’autonomie

Les réseaux extractivistes de dépendance font circuler lesressources des périphéries vers le centre. Pour briser cette logique, nos réseaux doivent nous permettre de circuler et de se rejoindre dans l'action pour répondre aux appelslancés. Construire l'autonomie c'est à d'abord viser à réunir les forces pour combattre ce qui saccage les territoires. Il s'agit d'insuffler une force nouvelle aux mouvements contestaires et de les réinventer à travers les traditions anciennes et nouvelles : ces formes de vie qui nous permettent de vivre à même le territoire nous apprennent nécessairement à lutter contre ce qui le menace. L'effort est donc multiple : bâtir un mouvement combatif dansl’écologisme, appuyer les formes traditionnelles de souveraineté autochtone et reprendre le pouvoir sur nos vies. Pour cela, il faut déjà rendre notre monde habitable,c'est-à­-dire se re­donner les moyens matériels, les connaissances, l'imaginaire et le sens existentiel pourtenir dans la désertion et la confrontation.

 

III­ - Bloquer les flux

 

À celles et ceux qui vivent en ville et pour qui le monde semble impossible à ressaisir, le rôle revient de faire apparaître la confrontation en s'attaquant aux symboles, aux infrastructures, aux ennemis qui menacent les formes de vie auxquelles nous tenons. Il faut compromettre, en métropole comme ailleurs, la modernisation et le développement de l'économie capitaliste extractiviste jusqu'à les rendre intenables. La continuation de cette économie dépend de sa capacité (1) à extraire desressources et (2) à les faire circuler. Nos considérations tactiques doivent découler de cette simple constatation. Notre mode d'organisation doit nous permettre de soutenir efficacement les luttes qui ont cours sur les territoires par­ delà les frontières coloniales, d'aider à leur extension et d'acheminer des ressources qui permettent leur durée.

 

Nous proposons ces étapes en vue de voir se multiplier les blocages et actions sur le territoire au cours des prochains mois. Le succès des actions entreprises dépendra de notre capacité à bâtir des relations solides sur le long terme, des liens de confiance qui permettent lacomplicité, et des réciprocités qui nous lient. Le mouvement que nous nous proposons de développer implique une déconstruction profonde des rapports depouvoirs présents entre nous, insufflés dans nos esprits par l'idéologie coloniale. Penser la décolonisation implique de se projeter dans une temporalité plus large qu'une campagne ou qu'un seul campement. Au final, nous désirons rendre inséparables le moment de la vie et celui de la lutte.

 

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Pour lire l'ensemble du premier journal des CDDT vous pouvez le trouver à l'adresse suivante : https://archive.org/details/journal-CDDT-1