cher ami,



à toi dont je ne connais l’odeur que par l’écho de murmures dispersés
à toi, qui au clair de la lune, m’invite à partager ma vie humide mise
au pluriel, pour que doucement s’étire au plus que parfait l’existence
de nos ensembles
à toi je demande, que veux-tu vraiment que je te dise?

que je me prête au jeu des différences pour que nos mots se confondent
en résistance?
que je te narre le son des rues pissées par l’angoisse de la
disparition?
que je te dise que l’odeur de la peur fait sortir les chiens qui ne sont
plus nos ennemis?
que je t’avoue que la mort du rire désorganisé danse sur nos têtes
aplaties par la lumière qu’on se force à ne pas regarder dans les yeux
de la séduction ennuyante de répétition?
que nous avons appris à nous réunir sous un même nom sans fin renouvelé
par la tristesse de nos visages victorieux?
que le soleil dispose du cours de nos émotions depuis qu’il s’est fait
installer un dimmer ?
que je te dise que ça va bien aller pour l’homme aux chaussettes
colorées qui donne des coups sur les fantômes du troisième parce qu’il
est le seul à avoir le droit d’aller se faire voir?

cher ami,

si nous étions amis, je te dirais que le matin la solitude s’effraie à
l’envie de pays qui ne la regardent pas
que je ne sais pas qui nous sommes ni à quelle heure on doit s’écarter
la bouche pour que leur queue rentre plus creux sous nos jupes vides de
couteaux

si c’était moi, je te dirais qu’entre deux cacas, nous apprenons à nous
cuisiner à la vapeur pour nous manger plus tendrement
que nous prions les eaux de fondre pour que les langues se mettent à
nager dans la misère de leurs paroles
qu’à la magie nous volons l’espoir de nous enfoncer dans le sel de nos
rires
que nous rêvons d’une maison débordée

que nos peaux fleurissent depuis que les garçons ont arrêté d’être notre
classique

je te dirais que la semaine prochaine coulera entre deux paires de seins
et un chapeau de matelot dans l’abandon d’un placard à co-querelle

cher ami,

si nous étions amis je te dirais que les lunettes qui unissent ces mots
empêchent les bateaux en papier de naviguer le nous au-delà du pont de
fer

si c’était juste moi, je dirais à ma grand mère de nous sauver de la
détruire


c’est une journée magnifique

tendrement,
je te salue

૮ ˆﻌˆ ა

ps: chères amies, les lettres de l’universal se sont-elles rendues à
votre maison aussi?