Nous publions les contributions ponctuelles, communiqués et publications anonymes reçus par courriel – pour autant que les publications proposées s'intègrent dans l’esprit de la plateforme sans toutefois être rattachées à un projet. Pour nous faire parvenir une publication, écrivez-nous à contrepoints-media@riseup.net.

Les membres du collectif autogéré La Camarine souhaitent saluer la détermination et le courage de la nation Wet’suwet’en et les remercier du fond du coeur pour leur travail et leur lutte. Nous nous positionnons en appui et en solidarité, en tant qu’allié.e.s allochtones, envers les chefs héréditaires et envers chaque personne de la nation, dans l’affirmation de leur autonomie politique et de leur Loi, ainsi que dans leur résistance contre la corporation extractiviste Coastal GasLink et contre la GRC, qui veulent forcer le passage d’un pipeline sur leur terres.

Pour un peu de mise en contexte, les Wet’suwet’en constituent une des nations autochtones de la Colombie-Britannique et occupent leur territoire, qui n’a jamais été cédé à l’État canadien. Elle se divise en cinq clans, eux-mêmes sous-divisés en treize maisons. Les Unist’ot’en sont affilié.e.s avec l’une de ces maisons, et occupent une place centrale dans la résistance contre les compagnies extractivistes depuis une décennie, leur terres étant directement convoitées par plusieurs entreprises. D’autres clans de la nation, dont les Gidimt’en, se sont joints aux Unist’ot’en, pendant ce temps où s’est construit, sur la portion du territoire où les pipelines passeraient, plusieurs endroits de résistance, dont des campements, des barrières, un centre de guérison et un jardin de permaculture. Des camps d’action ont eu lieu et des allié.e.s autochtones et allochtones venant de partout se sont cotoyé.e.s pour faire exister la résistance et la résilience.

Plus récemment, en 2018, les gouvernements fédéral et provincial de la C.-B. ont approuvé le projet de Coastal GasLink, sans le consentement des chefs héréditaires. Ils violaient ainsi la Loi Wet’suwet’en, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, ainsi que la décision de 1997 de la Cour suprême, qui reconnaissait que les Wet’suwet’en n’avaient jamais cédé leur terres et donc, que les chefs héréditaires étaient les détenteurs légitimes de l’autorité sur leur territoire ancestral. Cette situation a mené, en janvier 2019, à une intervention violente de la GRC, suite à une injonction de l’entreprise contre l’occupation par les Unist’ot’en de leur propre territoire. Le journal The Guardian a révélé dans les dernières semaines que les policiers étaient prêts à faire usage de toute la violence nécessaire, pour “stériliser le territoire”. Aujourd’hui, un an plus tard, la GRC a érigé un blocage sur la route menant aux campements Wet’suwet’en, suite à une autre injonction et un refus de la nation de la reconnaître, allant jusqu’à expulser les travailleurs de Coastal GasLink de leur territoire. Les autochtones ont rapporté avoir été constamment surveillé.e.s et harcelé.e.s par les travailleurs dans la dernière année. La nation craint maintenant, encore une fois, une violente et imminente répression de la GRC.

Coastal GasLink est une filiale de TransCanada, qui était derrière le projet de l’oléoduc Énergie Est. Le pipeline qu’ils veulent faire passer en territoire Wet’suwet’en représente le plus grand investissement privé de l’histoire du Canada. Nous sommes à un point de rupture du climat. Nous devons absolument bloquer de tels projets. Les autochtones se retrouvent bien souvent au front quand vient le temps de protéger et de défendre la Vie. Au péril de la leur, sur un fond de génocide toujours actuel, dont les femmes souffrent toujours plus. Ce que nous disons aujourd’hui, c’est que ce combat est celui de tou.te.s. Utiliser le confort de nos privilèges pour entendre l’appel et soutenir la lutte est la moindre des choses que nous pouvons faire, la survie de tout le monde étant mise en jeu maintenant. L’État et les industries sont prêts à tuer pour leurs intérêts. En tant qu’allochtones, il est de notre responsabilité de défier ce système destructeur et mensonger. Si nous ne l’arrêtons pas, ce système ira jusqu’au bout de la destruction; les solutions ne viendront pas de lui, ce n’est pas dans son intérêt. Le territoire qui est mis en jeu cette fois est une des dernières portions intactes des terres non cédées Wet’suwet’en. L’eau y est si pure que l’on peut boire à même la rivière. Les gens y vivent depuis des siècles, selon leur Loi et leur mode de vie en accord profond avec la Nature qu’illes connaissent, y chassant, y pêchant et y trapant. La destruction de ce territoire met directement en jeu la capacité des personnes à se nourrir, à survivre.

Les Wet’suwet’en demandent un support international urgent. Nous devons montrer que le monde a les yeux sur elleux, que nous n’accepterons pas que de telles violences coloniales soient répétées.

À toutes celles et ceux qui étaient à la marche pour le climat le 27 septembre 2019.
À toutes celles et ceux qui ont signé le Pacte.
À toutes celles et ceux pour qui les changements climatiques sont un enjeu majeur.
À toutes celles et ceux qui se préoccupent de la protection du territoire.
À toutes celles et ceux pour qui il est important de protéger l’eau.
À toutes celles et ceux pour qui les générations futures sont importantes.
À toutes celles et ceux qui pensent que nous ne devons pas être les valets d’une élite économique et que l’économie se doit d’être à notre service et non le contraire.
À toutes celles et ceux qui respectent les Premières Nations.
À toutes celles et ceux qui sont sensibles aux violences subient par les Premières Nations.
À toutes celles et ceux qui pensent que les violences policières ne sont jamais une bonne réponse aux demandes du peuple.
À toutes celles et ceux pour qui le respect des droits territoriaux est important.
À toutes celles et ceux pour qui le consentement est quelque chose d’important.
À toutes celles et ceux qui comprennent que NON, c’est NON.
Nous vous invitons à joindre votre voix et vos actions aux nôtres. Nous considérons que cette lutte se trouve à l’intersection de plusieurs facettes d’un même système oppressif contre lequel nous nous positionnons et contre lequel nous agissons: le capitalisme, l’État et la destruction des écosystèmes encourue, le colonialisme, l’extractivisme, le racisme et le patriarcat.

Leur lutte se passe sur des terres situées à plusieurs kilomètres de nous; il n’est peut-être pas facilement à notre portée de les joindre physiquement, mais nous sommes proches en terme de référents culturels et politiques et plusieurs types d’actions de soutien sont proposées par les membres du clan Unist’ot’en sur leur site web. Voir le lien ci-dessous pour y avoir accès.
http://unistoten.camp/supportertoolkit2020/

Avec les millions de personnes que nous sommes, nous pouvons et devons faire reculer les projets de pipeline.

Ne regardons pas le monde brûler sous nos yeux sans rien faire.

Les membres du collectif La Camarine