Six mois ont passé depuis le blocage de l’accès au puits de forage Galt 4 exploité par Junex près de Gaspé. Dans la foulée du démantèlement du campement par la Sûreté du Québec, les énergies vives se sont recomposées autour du Camp de la rivière, maintenant un ancrage fort de la lutte contre les hydrocarbures et la fracturation en Gespe’gewa’gi (Gaspésie et Nord du N.-B.). Le camp est installé pour l'hiver et la lutte s'ouvre sur les territoires. 

 

  Après l’appel à la formation des Comités de défense et de décolonisation des territoires (CDDT), des groupes ont surgi à plusieurs endroits. Au sein de comités, diverses actions ont été menées, des conversations ont été poursuivies, des perceptions communes et de nouvelles amitiés se sont créées. Depuis le début de l’automne, camarades, allié.e.s et complices tentent d’articuler des trajectoires de pensées et d’actions décoloniales et écologistes. Ce travail répond au problème posé par la séparation entre les mouvements de décolonisation et certaines luttes écologistes.Cette division fait le jeu des pouvoirs actuels ayant présidé à cette économie de la mort.   

     

  Ainsi, des comités autonomes se sont formés afin de partager les impératifs de la défense de l’eau, de la terre et de tout ce qui y vit avec comme prémisse la reconnaissance des souverainetés traditionnelles autochtones     

 

Pour aller plus loin que la logique d'une campagne politique ponctuelle, l'objectif fondamental est le foisonnement d'initiatives sur les territoires où des camarades se sentent habité.e.s par la nécessité de construire des luttes qui engagent nos vies contre l'ordre moderne colonial. L'inséparabilité des questions décoloniales et environnementales est demeurée jusqu'ici au centre des préoccupations et des actions qui en découlent mais l'approche des comités ouvre des horizons beaucoup plus vastes.                                       

 

La défense et la décolonisation des territoires impliquent avant tout de faire la part entre les mondes compatibles et les mondes incompatibles. C’est-à-dire, repérer et affronter les forces coloniales et extractivistes qui, dans un même mouvement, détruisent depuis des siècles cultures, pratiques et communautés tout en poursuivant le pillage de la terre-mère. Il nous faut également apprendre des savoirs traditionnels, des conceptions occultées et des formes de vie subsistant malgré les ravages de la modernité. Bref, défendre et décoloniser les territoires et, par tous les moyens nécessaires, réhabiter les mondes possibles.

 

 Fonder une réflexion et des pratiques à partir des territoires, c’est réapprendre à connaître le sol que nous foulons, les liens qui s’y tissent, les diverses entités que l’on y croise et qui l’habitent, sans oublier celles qui en ont été arrachées. C’est aussi reconnaître tous les univers de sens qui les traversent, les différents usages et souverainetés qui s’y superposent. Au final, il s’agit de créer de nouveaux modes relationnels, de penser une repossession commune non dépossédante qui brise les modalités coloniales.

 

La décolonisation comme processus, et non comme métaphore, fait rupture dans la société actuelle. Elle trace une ligne de fracture entre les tenants de l’économie extractiviste et les personnes qui veillent sur les territoires. L’effort de ce journal s’inscrit dans le mouvement de ceux et celles qui croient en la nécessité première et vitale du renversement de l’ordre colonial, seul prélude à la repossession qui vient. Les Comités de défense et de décolonisation des territoires appellent à faire basculer le monde ayant produit les déchéances environnementales, sociales et politiques actuelles.