This text was originally written in French; an English translation follows.

Lors de la campagne électorale fédérale de 2019, nous avons appris, avec une certaine surprise, que c’était le Bloc Québécois qui aurait provoqué l’abandon du projet Énergie Est. Ce ne seraient pas les centaines de pétitions, manifestations, blocages et sabotages qui auraient mené à l’abandon du projet, non ! Ça serait le Bloc Québécois [1], le même Bloc qui essaie présentement de nous vendre un autre pipeline. De gaz cette fois-ci : Le projet Énergie Saguenay de GNL Québec [2].

Ce qu’a fait le Bloc n’est pas nouveau. C’est une forme de « greenwashing », ou d’écoblanchiment, présentement à la mode chez nos candidat.e.s et élu.e.s. Il s’agit de s’approprier le travail fait dans des luttes locales afin de grappiller des votes. Et nos élu.e.s le font parce que ça marche !

Ô parti libéral !

Les personnes supportant Steven Guilbault le qualifient de « pragmatique ». Être pragmatique, c’est le nouveau terme tendance pour dire qu’on reconnaît les changements climatiques, mais que peu importe ce qu’on propose comme solution, il ne faut pas toucher à l’économie. En d’autres mots, c’est reconnaître qu’on est dans la marde jusqu’au cou, pis de se boucher le nez en espérant que ça va régler le problème.

Steven Guilbeault, ancien porte-parole de Greenpeace et co-fondateur d’Équiterre est ainsi un pragmatique. C’est donc par pragmatisme qu’en 2015 il s’associe à Rachel Notley, ancienne première ministre de l’Alberta, alors qu’elle annonce son plan climatique. Est-ce que ce plan promettait une fin des sables bitumineux ? Non. Une diminution de l’exploitation ? Non. Un moratoire à l’augmentation ? Même pas ! Ce « plan » climatique imposait un moratoire 40% plus élevé que la production de l’Alberta à ce moment [3].

Être pragmatique, selon Steven Guilbeault, c’est s’acoquiner avec un parti qui a déjà acheté un pipeline pour 4,5 milliards (mais qui pourrait en coûter plus de douze [4]). Un parti qui fait passer de force des pipelines dans des terres autochtones ancestrales du peuple Wet’suwet’en [5]. Un parti qui craint néanmoins tellement son vernis d’environnementaliste qu’il le pousse le plus loin d’une responsabilité environnementale que possible [6]. Être pragmatique, c’est de se faire passer pour écologiste alors qu’on est finalement pro-industries pétrolières. Et c’est, au final, réussir à se faire élire en brandissant un étendard d’écologiste volé à tous les groupes et collectifs locaux qui font la lutte réelle sur le terrain.

Le Pacte pour Dominic Champagne

Un autre exemple de récupération de la lutte écologiste est le discours porté par Dominic Champagne, porte-parole du Pacte pour la transition [7]. Le Pacte lui-même n’est pas mauvais, et représente une lutte locale intéressante. Bon, il faut arrêter de prendre son char pendant longtemps pour compenser pour un milliardaire qui fait le tour du monde dans son yacht de 500 pieds, mais ça reste un début.

Mais le Pacte pour Dominic Champagne, c’est surtout une plateforme. Une plateforme qu’il ne se gène pas à utiliser pour vendre sa propre salade. Qu’il essaie de convaincre des militant.e.s de la CAQ, on peut saluer un effort louable. Mais d’afficher ouvertement « J’aime mon premier ministre » auprès d’un gouvernement ouvertement écolophobe, c’est plutôt exagéré [8]. Dominic Champagne a aussi travaillé à bloquer le Parti Conservateur lors des élections fédérales. Le Pacte a donc envoyé un courriel controversé, enjoignant ses membres à voter de manière stratégique [9]. Les portes-paroles du Pacte se sont défendus en disant que ce n’était pas partisan, qu’elles et ils n’encourageaient pas nécessairement à voter libéral. Sauf que Dominic Champagne, en entrevue à la radio, a dit exactement le contraire : « Entre Trudeau et Scheer, le choix est facile » [10].

Pour une fois, on est d’accord avec toi, mon Dominic.

Notre choix à nous, c’est ni l’un, ni l’autre ! Notez que ceci n’est pas une dénonciation du Pacte lui-même. On ne peut que saluer que des personnes essaient de faire leur possible, dans les limites qui leurs sont accessibles. Ce qu’on dénonce, c’est la récupération de tous ces petits combats individuels par des personnes plus intéressées à mousser leur capital politique que par notre survie à tou.te.s.

Quoi faire ?

Comme pour le « greenwashing » commercial, l’important est de ne pas tomber dans le panneau. On roule des yeux lorsqu’on voit une publicité de VUS roulant au milieu d’une forêt, notre réaction devrait être la même face aux politicien.ne.s qui nous vendent des politiques « vertes ».

Il est aussi important d’analyser sérieusement les politiques vertes qu’on essaie de nous vendre. Par exemple, le recyclage est en partie une catastrophe écologique : la plupart du plastique recyclé moisit dans des pays qui sont incapables de le gérer, et il finit souvent dans l’océan [11].

Le système actuel est conçu pour élire des politicien.ne.s qui sont incapables de faire le changement radical nécessaire pour assurer l’avenir de l’humanité. Quand tu ne peux même pas mettre un coton ouaté à l’assemblée nationale, quand est-ce que tu vas pouvoir dire à l’industrie pétrolière d’aller se faire voir ? Ce système est conçu avec des limites précises qui ont pour but de maintenir les élites au pouvoir le plus longtemps possible. Pour ces élites, ce sera business as usual, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Quoi faire ? D’abord, arrêter de les écouter, ne plus attendre des politicien.ne.s qu’elles et ils réalisent leurs promesses. Et commencer à construire par nous-mêmes le monde dans lequel on veut vivre. Un monde conçu et décidé par et pour nous tou.te.s, plutôt que par et pour une minorité de privilégié.e.s. Un monde où tou.te.s pourront vivre et grandir. Un monde qui possède un avenir au-delà de l’année 2050.

Instrumentalisation des luttes

Ce n’est pas que le mouvement écologiste qui fait les frais de cette instrumentalisation politique. On peut présenter notamment la lutte à l’antisémitisme. Ne nous méprenons pas : l’antisémitisme existe, et est en hausse fulgurante depuis plusieurs années sur l’île de la Tortue. Plusieurs groupes locaux dénoncent et combattent cet antisémitisme. Sa source est bien connue : une extrême-droite dégourdie qui répand un discours de plus en plus violent.

Le gouvernement canadien profite donc de cette lutte pour s’attaquer… à d’autres groupes de gauche. Cette hausse de l’antisémitisme est utilisée pour justifer un support de plus en plus douteux envers le gouvernement de l’État d’Israël, et pour dénoncer le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Ces belles paroles envers l’État d’Israël se chiffrent : l’accord de libre échange Canada-Israël représente 500 millions de dollars en exportation par année.

Ce texte est tiré de la brochure « Coup de chaleur », un recueil de perspectives radicales sur l'écologie en crise, assemblé par la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC). 

1- Voir https://bit.ly/2GbsuT7 où on note aussi un clin d’oeil à sa droite anti-immigration. Cette affirmation vient probablement de l’article suivant de 2017 : https://bit.ly/2sOkRyJ

2- On en profte pour rappeler que le chef du bloc québécois s’est ouvertement affirmé pro-pétrole lorsqu’il était ministre de l’environnement. Pour le projet GNL, voir https://bit.ly/2TNtYLb et https://bit.ly/3avR7b7

3- Voir https://bit.ly/2ukkDjj pour la photo-op de Guilbeault et Notley. Voir https://bit.ly/3aCX4mn pour les détails du plan de 2015.

4- Voir https://bit.ly/37juhBr

5- Voir le flm Invasion à ce sujet : https://unistoten.camp/media/invasion/ [18:20]

6- Voir https://bit.ly/2tH3b8J

7- Le pacte pour la transition est un engagement personnel à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre à travers des actions locales (éviter la voiture, manger moins de viande, etc.).

8- Voir https://bit.ly/2TOe4QB

9- Voir https://bit.ly/30MGaxq

10- Voir https://bit.ly/2v7awi6

11- Voir https://bit.ly/37j6mlH

 

English translation.

During the 2019 federal election campaign we learned, with some surprise, that it was the Bloc Québécois who was responsible for the shutting down of the Energy East project. It was not the hundreds of petitions, protests, blockades and sabotages that led to the withdrawal of the project, no! It was the Bloc Québécois [1], the same Bloc who is currently trying to sell us another pipeline. A gas pipeline this time : The Énergie Saguenay of GNL Quebec [2].

What the Bloc did was nothing new. It is a form of “greenwashing”, presently popular among our elected officials. This particular form of greenwashing steals the work done in local struggles in order to gain a few votes. And our elected stooges do it because it works!

O Liberal Party!

The people supporting Steven Guilbeault tag him as a “pragmatist”. Being pragmatic is the new fashionable word to say that we recognize the importance of climate change, but whatever solution is proposed must not affect the economy. In other words, it is recognizing that we are up to our neck in shit, and plugging our nose hoping this will fx the issue. Steven Guilbeaut, ex-spokesperson for Greenpeace and co-founder of Équiterre is therefore a pragmatist. It is therefore by realism that in 2015 he associated himself with Rachel Notley, now ex-prime minister of Alberta, when she announced her climate plan. Did this plan promise an end to tar sands exploitation? No. A diminution of the exploitation? Nope. A moratorium to the increasing production levels? Not even that! This so-called climate plan imposed a moratorium 40% greater than the levels of production of Alberta at the time of the announcement [3].

Being a pragmatist, according to Steven Guilbeault, is getting friendly with a political party who already bought a $4.5 billion pipeline (but which could cost up to $12 billion [4]). A party who is building by force, a pipeline in the ancestral lands of the Wet’suwet’en people [5]. A party that nonetheless fears so much of its environmentalist veneer that it pushes it as far from environmental responsibility as possible [6].

Being pragmatic means convincing everyone that we support the environment while at the same time supporting fossil fuel industries. In the end, it is managing to get elected by waving a flag stolen from all the local groups and collectives who are doing the actual field work.

The Pact for Dominic Champagne

Another example of reappropriation of environmental struggles is the message transmitted by Dominic Champagne, spokesperson for the Pact for transition [7]. The pact itself is not bad, and is an interesting local struggle. Granted, we need to stop taking the car for a long time to compensate for a billionaire taking his 500 foot yacht around the world, but it is a start. But for Dominic Champagne, the Pact is mostly a platform. A platform that he is not ashamed to use to sell his own crap. We can salute a laudable effort for the fact that he tries to convince CAQ activists, but to proudly wear a “I love my prime minister” pin for an openly ecolophobic government is going a bit too far [8].

Dominic Champagne also worked to block the Conservative Party during the last federal elections. The Pact therefore sent a controversial email, pressuring its members to vote in a “strategic” manner [9]. Pact spokespeople defended this move by saying that this was not partisan politics, since they did not explicitly called for a Liberal vote. Except that Dominic Champagne, in a radio interview, said the exact opposite: “Between Trudeau and Scheer, the choice is easy” [10].

For once, we agree with you, Dominic. Our choice is: neither of those fuckers!

Note that this is not a denunciation of the Pact itself. We must support people trying to do what they can, within the limits of their capabilities. What we denounce is the recuperation of all these individual struggles by people more motivated by their personal political capital than our collective survival.

What can we do?

As with commercial greenwashing, the first step is not to fall for it. We roll our eyes when we see an ad showing a SUV driving through a forest, our reaction should be the same when politicians try to sell us “green” policies. These green policies should be properly analyzed by non-partisan researchers. For instance, recycling is partly an ecological nightmare: most of the recycled plastic rots in countries unable to manage it, and often ends up in the ocean [11].

The current system is built to elect politicians that are unable to make the radical change necessary to save the Earth. When you cannot even wear a cotton sweater to the parliament, when will you be able to tell the fossil fuel industry to fuck off? This system is designed with precise limits in mind, limits which aim to maintain the elites in power for as long as possible. For these elites, it will be business as usual, until death do us part.

What can we do? Stop listening to them, do not wait for a political messiah, do not wait for them to realize their promises. And start to build right now the world in which you want to live in. A world designed and decided by us all, instead of built by and for a minority of privileged assholes. A world where all of us will be able to live and grow. A world with a future beyond year 2050.

Exploiting Struggles

Political recuperation is not limited to the ecological movement. We can also mention the struggle against antisemitism. Don’t get us wrong : Antisemitism exists, and is seeing an explosive growth lately on Turtle Island. Many local groups denounce and fight this antisemitism. Its source is well-known : an unashamed far-right spreading an increasingly violent discourse. The Canadian government take opportunity of this struggle to attack… other leftist groups. This rise in antisemitism is used to justify a more and more controversial support of the government of the State of Israel, and to denounce the BDS (Boycott, Disinvestment, Sanctions) movement. These friendly gestures toward the State of Israel have numbers to support them: the free trade treaty between Canada and Israel brings 500 million dollars to Canada each year.

This text can be found in the « Heat Stroke » brochure, a collection of radical perspectives on our ecology in crisis, assembled by the Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC).

1- See https://bit.ly/2GbsuT7 where we can also see him callout his anti-immigration right wing. This statement is probable based on this 2017 article: https://bit.ly/2sOkRyJ
2- We take this opportunity to recall that the leader of the Bloc Québécois openly claimed to be pro-fossil fuels when he was Environment minister at the provincial level. For the GNL project, see: https://bit.ly/2TNtYLb and https://bit.ly/3avR7b7
3- See https://bit.ly/2ukkDjj for the photo-op of Guilbeault and Notley. See https://bit.ly/3aCX4mn for  the details of the 2015 plan.
4- See https://bit.ly/37juhBr
5- See the Invasion short on this topic: https://unistoten.camp/media/invasion/ [18:20]
6- See https://bit.ly/2tH3b8J
7- The pact for transition is a personal pledge to diminish our greenhouse gas emissions through local actions (avoid using a car, eat less meat, etc.).
8- See https://bit.ly/2TOe4QB
9- See https://bit.ly/30MGaxq
10- See https://bit.ly/2v7awi6
11- See https://bit.ly/37j6mlH