« Selon François Audet, expert en gestion de crise, la communication durant cette épreuve difficile joue un rôle crucial. "On est face à un protocole qui brime des libertés, avec des phénomènes rarissimes et extraordinaires. Ce qu’on veut, c’est éviter une anarchie, une panique, souligne-t-il." À ses yeux, François Legault et Horacio Arruda utilisent les bons mots. "Ils abordent ça de manière pédagogique, paternaliste. Ce leadership est très important et les gens, même s’ils ne sont pas contents, comprennent." »

 

Salut tout le monde.

Je sais pas comment vous vous sentez ces temps-ci, mais moi je suis empli de sentiments confus et contradictoires. Ma petite tête travaille très fort à processer toute l'information dont je la gave pour tenter de saisir l'ampleur de ce qui est en train de se passer. Je commence à émerger de tout ça et j'ai envie de réfléchir avec vous, de commencer à décortiquer des bouts de cette situation. J'aimerais bien que Contrepoints puisse servir de plate-forme pour qu'on s'échange des idées là-dessus, qu'on se trouve des postures qui ont du sens, qu'on se prépare aux prochains mois et après. Pour commencer, j'aimerais vous partager des réflexions sur le concept de responsabilité.

Ces temps-ci, nombreux sont les appels à ce qu'on soit responsable. On nous dit :« C'est une crise mondiale inédite, la vie de beaucoup de gens est en jeu, soyons responsables, restons chez nous ». Ce discours des gouvernements est amplifié par une multitude de gens sur les médias sociaux. On répétera par exemple : « Respectez les consignes, c'est pour le mieux ». Ou alors on ira directement dans le shaming, comme ce médecin qui dit, à propos d'une photo qui a circulé d'une plage bondée en Australie : « Je considère ces agissements comme immensément, immensément irresponsables socialement. Je crois personnellement que les gens impliqués devraient avoir honte. » Dans tous les cas, on fera appel au civisme, à la responsabilité, à l'effort collectif. Pour ma part, je suis aussi comme abasourdi par tous ces gens qui semblent avoir pour mécanisme de défense contre l'anxiété qu'entraîne toute cette situation l'atténuation des dangers réels. Et je sens monter en moi, en écho avec les appels à la responsabilité, une réelle envie de prendre au sérieux la situation et de faire de mon mieux pour que moins de gens meurent. Dans l'effervescence et l'angoisse du quotidien, j'en viens parfois à confondre cette envie profonde avec l'appel des autorités. Or, je vous rassure, on ne parle pas du tout de la même « responsabilité ».

Ce que les gouvernements, les médias, les scientifiques et les bon-nes citoyen-nes nous disent, c'est que pour être responsable en ce moment, il faut être passif, obéir, ne plus bouger et accepter sans broncher la restriction de nos libertés. Ça ressemble à peu près à la définition de la sagesse quand on l'attribue aux enfants (« sage comme une image »). D'ailleurs, François Audet le dit bien dans la citation au début de cet article : on est face au bon père de famille qui brime les libertés de ses enfants pour leur propre bien. Mais ses enfants ne sont pas ingrats, nous dit-il, ils sont responsables, ils comprennent.

Fuck that pour plein de raisons. Être responsable ça peut aussi vouloir dire plein d'autres choses! Par exemple, être « response-able » (comme le dit Haraway), capable de réagir face à une situation. C'est ce que je voudrais en ce moment. Qu'on soit capable de réagir collectivement à la pandémie et à tout ce qui en découle. Qu'on se creuse la tête à petite et grande échelle, qu'on tente de prévoir les prochaines semaines, quels seront les besoins, qu'est-ce qu'on peut mettre en place pour y répondre, comment on peut fonctionner pour effectivement réduire les risques d'être des vecteurs de propagation de ce virus, sans pour autant s'isoler dans de petites cellules nucléaires et faire du chacun pour soi? Comment on agit pour apaiser l'anxiété généralisée qu'on a pu observer dans les dernières semaines autour de nous? Comment on fait pour reprendre du pouvoir sur la situation et pour que les gens autour de nous en reprennent aussi? Comment on sort de cette crise avec plus de confiance en nos capacités collectives? Comment on peut faire pour que cette situation ne renforce pas l'État et son autorité? Que les gens ne pensent pas « Une chance qu'il y a l'État pour obliger tout le monde à rester chez eux à coup de policiers et d'amendes, sinon on n'aurait rien pu faire contre la pandémie »? Comment on fait devant l'arrêt presque global du système capitaliste pour aider les gens à se rendre compte de comment ça fait du bien? Moins travailler, ralentir le rythme général de nos vies, moins consommer, moins polluer, moins de dettes, etc.

Ça et mille autres questions encore. Vous n'auriez pas ne serait-ce qu'une piste de réflexion pour moi par rapport à une de ces questions? Quelqu'un n'aurait pas envie de faire un état de la situation au Québec, une tentative de projection dans les prochaines semaines? Ou d'écrire sur les flics de Québec qui débarquent chez les gens pour mettre fin aux « rassemblements intérieurs interdits »? Ou encore sur l'épineuse question des risques et les complexités éthiques qui en découlent?

En bref, j'ai envie qu'on soit capable d'une réponse face à cette situation inédite d'ampleur et la question que je pose, c'est : comment on s'organise?

J'ai hâte de vous lire,

 

 

Vii