Texte paru dans
COQUILLE VIDE NUMÉRO QUATRE
coquille_vide@riseup.net
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De toutes les prisons celle de l’exil fut celle qui me rendit la plus partagée. D’un côté cette possibilité d’un retour triomphant. Force triomphante d’un passé mélancolique, lourd de sensibilités. De l’autre, une densité émotionnelle récemment installée. Celle excluant notre hier. Celle amoureuse du demain.

Saint-Roch est amoureuse. Notre quartier d’enfance pavé d’une nouvelle densité émotionnelle. Mes pieds récalcitrants n’osent plus s’y promener. Dégoût d’un monde. Le leur. Ceux à la troisième personne

            font disparaître les terrains vagues débordants d’enfances courageuses. De meubles meurtris d’utilisations et de violences familiales. Crachats sur leurs jolies promenades de bois, découvertes sexuelles sur leurs sièges à utilisations rapides, rats crevés dans leurs fleurs élégantes en pots. Dernières possibilités pour des enfants en quête d’un rééquilibre.

            veulent mettre sous verre notre Gabrielle-Roy. Jusqu’à hier dernière possibilité mystique pour enfances athées. Demain défigurée en prison surveillance de vitre et de lumière. Ma tendre Gabrielle Roy à jamais gravée en moi comme sombre et secrète. Lieu de recueillement et de silence contre la lourde pauvreté qu’ils auront déposée sur nous à la naissance.

            utilisent leur mépris sur nos familles conventionnelles. Sur nos parents télévisions, nos tantes suffocantes, nos oncles vulgaires, nos cousins débiles d’ambitions, nos cousines hypocrites. Leurs mépris voudraient des familles perdues en solitudes. Des familles sans traumatismes. Sinon celui du froid qu’ils jettent tout autour d’eux faisant de l’hypothermie une maladie contagieuse.

 

Prison de l’exil lorsque le dégoût nous empêche de vivre dans notre quartier.

           

Je me souviens nos caves. Moisies, humides. Impossible de faire disparaître toutes les traces de vies. Salamandres visqueuses, araignées rouges et champignons profonds en nos bronches. De toute manière nos parents n’ont pas le temps et surtout n’en ont que faire de leurs existences. Formes de vies nous ayant accompagné.es depuis toujours, nous rendant indissociables. C’est ceux avec leurs sous-sols bétonnés qui ont le temps et la volonté de nous faire disparaître.

 

Votre embourgeoisement ne signera pas la mort de Saint-Roch. Nous l’étoufferons avant. Ternir l’aura de notre quartier à coup d’histoires tristes, terrifiantes et écoeurantes. Ensevelir vos idées cautionnées par l’État sous des monticules d’enfances entraides, de familles aigres-douces et de maisons pourritures.

 

Prison de l’exil lorsqu’au bout de nos rues les points de fuite disparaissent.

 

Prison de l’exil me donne envie de revenir pour y déposer mes enfants et leurs nouvelles envies. Que leurs envies soient bombes sur cette prison médiocre.