Nous publions les contributions ponctuelles, communiqués et publications anonymes reçus par courriel – pour antant que les publications proposées s'intègrent dans l’esprit de la plateforme sans toutefois être rattachées à un projet. Pour nous faire parvenir une publication, écrivez-nous à contrepoints-media@riseup.net.

Ça y est.

2020 est commencé depuis à peine deux semaines pis on a déjà détruit la démocratie! Qui aurait cru que ça prendrait rien d'autres que deux pancartes pis 4 étudiant.e.s sur l'heure du lunch pour en arriver là... ça augure bien pour qu'on saisisse les moyens de production avec un mégaphone, 2-3 personnes de plus pis une banderole. On sait ben pas comment y'ont faite pour se planter aussi fort celleux avant nous, mais tk, m'semble que c'était pas si dur.

Bon, à c't'heure que QS nous a désavoué.e.s, il est temps de vous révéler qui sont nos vrais maîtres. Nous sommes en fait nul.le.s autres que les sbires du politburo. Nous sommes votre pire cauchemar; tout ce que vous craignez de la gau-gauche néo-fasciste communiste. Essentialisez-nous tant que vous voulez, parce qu'au fond, si KevenTM l'a dit, c'est que c'est vrai! Ça prend ben des maudits rapaces avortons arriérés* pour take down l'hégémonie en vingt minutes seulement.

Sur ce, ACAB et words of wisdom :

 

MISE AU POINT

Laissez-nous vous raconter, cher lectorat, notre histoire. Il y a des chances qu'elle soit plus fiable que celle de KevenTM, qui était à Québec au moment des faits.

C'était un jeudi. Vous le savez, mais on le dit pareille. On venait de manger des roteux à la cafète du Jean-Brillant, on se frottait la panse, bien rond.e.s de tout ce bon manger, quand tout à coup, notre digestion fut violemment (!) interrompue par une vision des plus horrifiantes. 4-5 dudes corpos en chemise bleu pâle se tenaient devant l'étendard de leur bastion du royaume des politicailleries. Fiers représentants de la CAQ-Relève, ils étaient prêts à assaillir tout passant avec des discours partisans afin de, peut-être, si possible, grossir leurs rangs. Il nous était impossible de laisser ces représentants de l'hégémonie sans histoire alors que plusieurs étudiant.e.s arpentant le même hall se sentent quotidiennement violenté.e.s par les politiques de ce parti au pouvoir. Nous allâmes alors en courant chercher ce qui nous semblait être de solides pancartes ainsi que quelques chilleux dans un local étudiant tout près afin d'offrir un contre-discours dans cette câlisse d'université néolibérale de notre cul.

Ainsi paré.e.s, nous nous dirigeâmes le pas léger vers le stand, bien guilleret.te.s et surtout dans l'ignorance la plus totale de la tempête médiatique et des souhaits de claque su'a yeule qui s'ensuivraient. Les dudes corpos nous accueillirent avec sourires corpos. Sur nos pancartes bricolées dans l'instant d'une minute, les mots incendiaires « Fuck la CAQ » et « CACAQ », savamment imaginés par nous-mêmes, pouvaient être lus. « Mais si vous n'aimez pas la CAQ, pour qui votez-vous? » demandèrent les dudes. « Nous n'aimons pas la politique partisane, mais le parti rhinocéros semble une option de choix », répondîmes-nous prudemment, en ajoutant que nous n'avions pas envie de débattre. Après une dizaine de minutes de distribution de macarons, un représentant de l'institution vint à notre rencontre pour nous dire que nos pancartes étaient violentes - trop violentes pour les sensibilités corpos. L'échange se conclut sur un accord : nous pouvions rester si nous les baissions, ce que nous fîmes. Après quelques échanges avec les dudes corpos, nous leur serrâmes la main et quittâmes de bonne guerre le lieu. Le tout se produisit en l'espace d'une vingtaine, trentaine de minutes! Nous partîmes sur notre faim - pas avec l'impression d'avoir marqué l'Histoire, mais avec la certitude d'avoir intelligemment usé de notre pause-dîner. Mais, ô, quelle sombre Erreur avions-nous faite? Nous le découvririons dans les tabloïds dans l'heure qui suivit...

KevenTM avait en effet d'autres projets derrière la tête. Ce fin renard, toujours prêt à instrumentaliser des étudiant.es pour raviver les passions de son électorat boomer, n'eut tôt fait de se saisir d'une photographie prise à notre insu, et armé de redoutable skills Photoshop, de flouter nos visages pour mieux paraître. « Nul besoin d'avoir été présent pour relater un événement! Inacceptable, ces petits apôtres de QS qui se croient tout permis! Au diable ces facho-communistes qui veulent brimer volontairem-... oh-oh, je viens de me chier dans les culottes », dit KevenTM.

Oubliant l'inconfort de son pantalon maintenant souillé, KevenTM alla de ce pas s'entretenir avec les médias de Québécor, qui, sous l'odeur d'excrément, pouvaient tout de suite renifler le scoop et l'abondance des clics imminents.

« Une activité de la CAQ victime de censure à l'UdeM »! Là, devant nos yeux, un article du journal le plus lu au Québec qui nous informait sans détour que nous avions empêché les preux militants caquistes de parler aux étudiant.e.s qui souhaitaient tant les rencontrer. Bizarre, bizarre, nous sommes-nous dit. Il ne nous avait pas semblé voir un.e quelconque étudiant.e souhaitant se soumettre à une discussion unilatérale avec des dudes corpos. Heureusement, nous informait-on, l'Université de Montréal était rapidement intervenue pour s'assurer d'un retour au calme. Heureusement, puisque nous étions alors à deux doigts de concocter des cocktails molotov su'l fly!

Clou de cette épopée remplie de rebondissements, nous apprîmes que KevenTM, sans même avoir pris le temps de se changer et donc toujours plein de marde, dans tous les sens du terme, était allé donner une entrevue à l'émission de notre Démagogue-En-Chef, le furoncle du Québec, Mario Dumont. « Il s'avère que l'action fut revendiquée par un groupe anarchiste, Anarsho-Fa-écoume. Mangez mon pet! », s'exclama son acolyte Vincent Dessureault, dans une envolée lyrique des plus notables.

C'est ainsi qu'honnis du Québec en entier, nous retournâmes dans nos "châteaux" respectifs. Même si KevenTM avait flouté nos doux minois, nous étions effrayé.e.s : en effet, certains commentaires, que vous verrez à la page suivante, nous ont laissé.e.s craintif.ive.s de par leur violence - sensiblement pire que celle de nos amusants slogans « Fuck la CAQ » et « CACAQ ». La Grande Nation en entier - même nos parents - étaient ainsi convaincue que nous étions de sales fascho-communistes écervelé.e.s et dangereux.euses, une menace directe à la démocratie (ou, comme nous préférons l'appeler, l'aristocratie représentative), ... C'est pourquoi nous nous sommes rasé.e.s la tête et couvert.e.s de tatouages anarchistes, afin de passer inaperçu.e.s. De quoi faire pisser Denise Bombardier dans ses petites shorts de madame raciste.

Notre aventure se décline ainsi par un premier thème : celui de la violence. Évidemment, nous ne possédons pas le monopole de la violence légitime. Mais l'État... oui! C'est ainsi que la CAQ peut se permettre d'outrepasser la soi-disant démocratie - mais aussi la Charte des Droits et Libertés, les coquins... - à coups de bâillons pour faire passer des politiques extrêmement violentes, racistes et xénophobes. Dans le fond, disons-le sans détour, ils se claquent un powertrip à la Gengis Khan pendant que leur électorat se crosse sur l'idée que TOUT LE QUÉBEC EST D'ACCORD, C'EST UN GOUVERNEMENT MAJORITAIRE SI TU N'ES PAS CONTENT TU N'AS QU'À VOTER ET DE TOUTE FAÇON LES POLITICIENS FONT LEUR JOB C'EST PAS DE NOS AFFAIRES MOI JE VEUX LE QC UNI LAÏC!

Ainsi, les gens qui défendent ces positions peuvent appeler à nous tabasser sans souci, alors que de notre côté, nous opposer à l'hégémonie et dire « Fuck la CAQ » mérite des sanctions et un lynchage médiatisé.

Nous en sommes maintenant à notre deuxième thème : la liberté d'expression.

Notion fétiche de notre ex-Président Normand Baillargeon, arme brandie par les faschos à qui mieux mieux, vertu sur laquelle MBC se cross avant de se coucher ... Qu'en est-il vraiment? Pour y voir plus clair, un petit quiz:

  • Tu es le parti au pouvoir. Es-tu libre de t'exprimer?

A) Oui! Il n'existe pas vraiment de meilleure tribune que l'entièreté de la sphère médiatique, prête à relayer tes propos. En plus, quand ça va pas, il y a toujours le bâillon, à utiliser en chambre sans modération!

B) NON. Les manifestants de Québec Suicidaire veulent me faire taire! ON N'A PU LE DROIT DE RIEN DIRE EN 2020!

  • Tu exprimes ton racisme et ta xénophobie en tenant un kiosque, et quelqu'un répond en exprimant son mécontentement. Tu...

A) Acceptes que lorsque l'on tient un discours, il est possible qu'il y ait un contre-discours! Surtout quand tu représentes l'hégémonie.

B) Appelles la police. Pas question que des crottés pas lavés viennent me dire quoi faire! J'ai le droit de dire ce que je veux pis de chier dans mes culottes si ça me tente! Fuck you!

Si tu as répondu A) aux deux questions, félicitations! (Les félicitations sont cependant diminuées par ton appartenance à un parti raciste.) Sinon, appelle ton étudiant.e en sciences vacances préféré.e. Quand sont pas en train de bloquer des ponts, des fois, c'est ben pratique pour t'expliquer des notions philosophiques! (On s'adresse à vous, Paul Gagne et les autres)

La démocratie est fin morte! Vive la démocratie!

Mais était-elle vraiment vivante? La démocratie représentative n'est-elle pas finalement qu'un oxymore?

Dans le fond, on nous propose une fois aux quatre ans de cocher une case vraiment tight dans un gymnase aléatoire qui pue - et après, on ferme nos calice de yeules. Pis quand le choix le plus à gauche qui s'offre à la Divine Nation désavoue real foutu vite des militant.e.s en les yeetant dans la fosse aux lions, on peut se permettre de lever nos fins sourcils anarcho-sceptiques.

Si ce qu'on vit comme régime politique c'est de la démocratie, un croissant c't'un pénis!

À tous.tes celles et ceux qui pensent que la gau-gauche est un gros bloc homogène prêt à sortir la guillotine et attraper les riches par le fond de culottes, vous faites erreur. On dit que QS s'est dissocié de nous - mais en fait, c'est nous qui nous dissocions d'eux autres. On parle pas la même gauche. Fuck QS, fuck les partis, fuck votre game électorale, fuck KevenTM, pis fuck la police.

 

 

 

* Une permière version de ce texte reprenait le terme «mongole» pour illustrer les insultes adressées aux auteur.es. L'équipe de contrepoints s'est permis de le changer, pour éviter de reproduire les préjugés racistes qu'il porte.