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Ce n'est une surprise pour personne que la crise actuelle n'affecte pas tout le monde au même degré. Quand il y a une crise, il est tentant de vouloir protéger son petit monde et ignorer ce qui se passe ailleurs. Et la conséquence est une accentuation des inégalités qui existaient déjà.

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Les clivages entre privilégiéEs et le reste du monde augmentent. Le tiers monde de nos quartiers, qu'on prétendait ignorer, émerge maintenant clairement à la surface.

Il y a le premier monde, qui possède le luxe de travailler à distance. Les "middle managers" du monde. Les gestionnaires, les p'tits patrons, les boss des bécosses, qui dictent au reste du monde comment fonctionner. Les gestionnaires de cartons, qui disent au infirmières qui crachent leurs poumons de retourner au travail. Les gestionnaires de pacotille, qui enfoncent des conventions collectives qui forcent le personnel médical à travailler dans trois CHSLD à la fois. Les gestionnaires de marde qui ne prennent aucun risque pis qui forcent tout le monde autour d'elleux à les assumer à leur place. Les gestionnaires-complices, la courroie de transmission du grand Capital sale qui dicte ses ordres du fond de son bunker.

Il y a 100 000 jobs en finance en Montréal. C'est 100 000 personnes qui, du rempart protégé de leur maison, expliquent comment le monde doit fonctionner. Les p'tits boss de la finance justifient au reste du monde qu'ielles devront retourner travailler afin d'assurer la survie d'un système qui n'achève pas de s'effondrer. C'est 100 000 personnes qui font le travail "essentiel" de garder en vie les mécanismes d'évasion et d'évitement fiscaux. C'est 100 000 personnes qui produisent l'ostie de bouette qui justifie que ta grand-mère va mourir pour le bien-être des actionnaires.

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Il y a le deuxième monde, qui est content de simplement travailler, même si les conditions sont maintenant plus dangereuses et plus misérables. Il y a des jobs essentielles, que je salue, mais beaucoup de jobs inutiles pour nous, mais essentielles pour la survie du système.

La distanciation sociale s'applique à tout le monde, sauf pour la construction de pipelines. Les gazoducs passant en territoire Wet'suwet'en sont toujours en train d'être construits. Leur construction n'a même pas ralenti. Et les gouvernements ne s'en cachent même pas, et affirment ouvertement profiter du confinement pour pousser de l'avant des projets impopulaires.

Les pharmacies sont ouvertes, heureusement pour les malades, mais le personnel du rayon des cosmétiques est forcé d'y être aussi. Les quincailleries sont ouvertes s'il faut réparer un toit, ou bien vendre des jouets de plage. Les campings sont ouverts, à la grande joie des grands propriétaires régionaux, condamnant à mort une population qui n'a même pas accès à unE médecin, et encore moins à un hôpital, ou un respirateur.

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Et il y a troisième monde, qui a vu sa job disparaître, possiblement à jamais. Il y a les plus chanceuses/chanceux, qui ont réussi à obtenir la PCU (prestation canadienne d'urgence) mais qui regardent venir la mi-juillet avec anxiété. Il y a celleux qui ont un peu d'aide sociale, qui permet à peine de payer un loyer insalubre qui ressemble de plus en plus au fond d'une tombe. Et il y a tout les autres qui n'ont plus rien. Les sans statuts qui n'arrivent même plus à se faire exploiter dans leur emploi habituel. Les sans abris qui ont hérité d'un centre-ville abandonné derrière des portes barrées.

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Mais tout ça, c'est ce qui se passe ici. Parce que sans dénigrer la souffrance de nos voisinEs, de tout le monde autour de nous, il faut se rappeler qu'on voit cette catastrophe des yeux de privilégiéEs.

Parce que l'économie des pays du Sud s'effondre. Leur économie, qui a été construite sur mesure pour servir les intérêts des pays riches comme le nôtre, tombe parce que nous n'achetons plus. Et nous n'achetons plus parce que nous ne pouvons plus acheter. Le capitalisme global ne l'est soudainement plus. Les économies émergentes de la planète sont déjà en crise, et le tiers monde ne peut que regarder la tuile leur tomber sur la tête. On a transformé des pays au complet pour produire du linge qu'on n'achète plus, que pensez-vous qu'il va se passer ?

Et c'est sans compter sur la course folle actuelle pour acheter des masques, des respirateurs et autre matériel médical. Si le Canada peine à protéger son personnel médical, comment pensez-vous qu'est la situation au Chili ? Au Kenya ? L'épidémie se répand dans les pays en-dehors du G20 et personne ne pense à les aider. La courbe au niveau mondial semble s'aplatir, mais qui peut savoir ce qui se passe dans des régions qui n'ont pas les ressources pour soigner les gens, et encore moins pour tester le COVID-19 ? Quand t'as même pas d'eau propre à boire, où est-ce que tu vas te trouver du savon pour te laver les mains pendant 20 secondes ?

Une épidémie non-contrôlée dans les pays du Sud ne pourra être gérée, hélas, qu'avec une longue fermeture complète des frontières. Une telle approche revient à condamner à mort des millions de personnes : par le virus, mais aussi parce que pour beaucoup de leur économie actuelle dépend des échanges mondiaux.

Oui, nos ressources sont limitées, et nous n'arrivons pas à soigner nos proches. Mais notre tiers monde, reste le tiers monde d'un monde privilégié.

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Et la révolte américaine actuelle n'est qu'un avant goût de ce qui nous attend. Les révoltes de l'année dernière au Chili, en Irak, à Hong Kong, en Inde, en France, pour ne nomner que celles-là, temporairement calmées à cause du virus, ne peuvent que reprendre dans un contexte de crise économique grave. Les révoltéEs de l'année dernière, qui se battaient pour un meilleur futur, seront remplacéEs par des révoltéEs qui se battent pour leur survie immédiate.

C'est la révolte des tiers mondes, des laisséEs-pour-compte d'ici et d'ailleurs. Et il serait bien naïf de penser que nous passerons au travers de tout ça sans être affectéEs. On peut acclamer la révolution qui vient, mais on connaît très bien le danger : Qui gagnera, la solidarité communautaire, ou l'individualisme fasciste ?

Déjà, beaucoup de camarades autour de nous commencent à s'organiser. Les camarades fondent de nouveaux collectifs, ou bien ajustent les vieux pour faire face à la crise. Parce qu'il y a une chose que nous savons touTEs, c'est que rien ne va changer si nous restons assisEs sur notre cul. Rejoignons nos collectifs, recontactons nos communautés, rebâtissons nos solidarités. Car maintenant, plus que jamais, le capital nous fait la guerre.

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Liste partielle de collectifs actifs :

 - Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) : Support aux personnes brutalisées et profilées par les flics notamment à cause des mesures de confinement.
 - Hoodstok : Support au personnes de Montréal-Nord affectées par la COVID-19.
 - Résilience Montréal : Refuge pour sans abris (surtout autochtones)qui offre des repas au Square Cabot.
 - Solidarité sans frontières : Demande de régularisation des sans-papiers, surtout que plusieurs sont présentement aux premières lignes du combat contre la COVID-19.
 - Stoppons la prison : Support aux personnes incarcérées et qui font face au COVID-19.
 - Tekeni.org : Outils de communication offerts à la communauté.
 - Tout le Hood en parle : Support au personnes de Montréal-Nord affectées par la COVID-19.