L’industrie minière est problématique à plusieurs égards, que ce soit en raison de ses conséquences environnementales désastreuses, ou bien des milliards empochés par ses actionnaires et des miettes laissées pour redevances. On ne parle toutefois pas assez des conséquences sociales de ce type d’exploitation, et en particulier du rapport colonial que reproduit l’industrie minière vis-à-vis des peuples autochtones.                        

 

Pourtant, l’extraction minière est coloniale dans ses fondements mêmes. La colonialité de cette industrie, c’est-à-dire le rapport de domination qui lui permet de s’approprier et d’exploiter les territoires autochtones, peut d’abord se voir dans l’institution du claim. Le claim permet à une compagnie d’acquérir des droits de propriété sur un territoire qu’elle convoite pour y faire de l’exploration, sans aucune consultation. Le claim est à la base du régime de free mining qui, selon la logique du premier arrivé, premier servi, permet de faire l’acquisition de droits miniers sans considération pour les gens qui habitent déjà le territoire et les usages qu’elles et ils en font. Le parallèle avec le principe de terra nullius, qui considérait dès les débuts de la colonisation au 16e siècle que l’Amérique n’était la terre de personne, est frappant.                     

 

Le principe du claim minier remonte à l’histoire du gold rush californien de 1848. Aux États-Unis, c’est l’époque de la Conquête de l’Ouest. On découvre en Californie à ce moment d’importants gisements d’or. Environ 300 000 prospecteurs et settlers tentent d’y faire fortune. Les peuples autochtones sont expropriés de leurs terres et sont forcés de trouver du travail salarié sur les ranchs, en plus de connaître un important déclin de population en raison de la famine, des maladies et de la violence de la colonisation. Le principe du claim est l’instrument juridique qui permet à la nouvelle société colonisatrice de s’installer sur les terres autochtones. Par la suite, le concept du claim sera repris dans plusieurs lois minières partout sur le continent, et celles-ci fonctionnent toujours selon ce même principe.                     

 

Aujourd’hui encore, les frontières de la colonisation se calquent sur celles de l’extractivisme. La logique du claim permet aux compagnies minières d’acquérir des droits de propriété ayant préséance sur tous les autres, sans considération par exemple pour le Nitassinan des Innus ou le Nitakinan des Anicinabek. En plus de voir leurs revendications territoriales ignorées, les communautés font face à des conséquences environnementales et sociales qui portent en elles une violence coloniale qui ne dit pas son nom.             

 

En 2017, on trouve sur le territoire du soi-disant Québec 26 mines actives, et plus de 700 sites miniers laissés à l’abandon. La pollution environnementale générée par les activités minières rend ces dernières incompatibles avec tout autre usage du territoire. De la machinerie lourde qui arrache la végétation au  bruit généré par l’augmentation du trafic industriel en passant par les forages, les explosions, les nuages oranges, les dunes de roches poussiéreuses, les bassins de boues toxiques, la contamination des cours d’eau avoisinants et l’assèchement des nappes phréatiques; les sites miniers sont des cratères désolants qui compromettront pendant des années encore la santé des personnes et des écosystèmes. Comment alors continuer à vivre du territoire lorsque les infrastructures minières érigent de toute part des frontières à coup de « danger – no trespassing » ?   Or, difficile de s’opposer à un projet minier. Lorsque les autorités décident de l’imposer, pouvant toujours jouer les cartes de l’expropriation et des pertes d'emploi, la colère, l’impuissance et la résignation semblent être notre seul horizon. L’ouverture et le maintien en activité des mines exploitent la précarité économique des gens, en imposant un rapport de dépendance à des populations qui verront alors augmenter les inégalités économiques entre les personnes travaillant à la mine, et ceux et celles qui paient l’augmentation du coût de la vie dans ces boomtowns du Nord.                        

 

Dans ces villes dortoirs dont le quotidien est rythmé par la valeur des métaux cotés en bourse, les tensions sociales sont vives. Citons par exemple Val-d’Or, dont le nom évoque la vocation du lieu, où le racisme systémique a éclaté au grand jour par la dénonciation médiatique des agressions envers les femmes autochtones par la Sûreté du Québec en 2015.  Loin de nous l'idée de réduire leur expérience de discrimination à un scoop de Radio-Canada; mais seulement de rappeler que les injustices flagrantes de profilage, de surjudiciarisation, d'abus et d'agressions commises par les policiers de Val-d'Or démontrent l'ampleur de la violence coloniale nécessaire  pour piller le territoire.                            

 

Néanmoins, les résistances à l'extractivisme colonial sont fortes. En mars dernier a eu lieu à Val-d’Or, pour une 17e année consécutive, la marche annuelle contre le racisme, organisée par les communautés cries et anicinabek. Non loin de là, la communauté de Lac Barrière a pour sa part réussi  à protéger son territoire en mettant un terme aux projets  de la compagnie minière Copper One. Face aux projets miniers actuels et futurs, continuons à inverser le rapport de force et renversons le processus d'expropriation : Out Royal Nickel! Out Canadian Malartic! Out Eldorado Gold! Out North American Lithium!  . 

 

Adresses utiles : 

Royal Nickel : 42, rue Trudel, Amos, QC J9T 4N1 OU 357 Bay Street, Suite 800 Toronto, ON M5H 2T7

Copper One : 2000 Avenue McGill College,  Montréal, QC H3A 3H3                         

Canadian Malartic/Osisko : 155, University Avenue, bureau 1440,Toronto, Ontario M5H 3B7           

Eldorado Gold : 550 Burrard Street Bentall 5 suite 1188, Vancouver, BC V6C 2B5                 

North American Lithium : 1010 Rue Sherbrooke Ouest, Suite 2400, Montréal, QC H3A 2R7