Dossier thématique : Anxiété, affect du capitalisme

La psycho est morte, vive la psycho!

Afin de formuler de nouvelles réponses à l'anxiété, nous devons retourner à la case départ. Nous devons construire depuis la base un nouvel ensemble de connaissances et de théories. À cette fin, nous devons provoquer une profusion de discussions produisant de denses interactions entre les expériences de la situation actuelle et les théories de la transformation. Nous devons commencer un tel processus en partant des exclu·es et des opprimé·es – mais il n'y a aucune raison de ne pas commencer par soi-même. (We Are All Very Anxious)

À 12 ans, je demandais de l’aide psychologique pour la première fois. Il m’arrivait d’avoir une boule dans la gorge qui m’empêchait de respirer; on m’a expliqué que c’était des attaques de paniques (ou crises d’anxiété). En plus, je commençais à être souvent déprimé/e et insécure. J’avais envie de me faire mal et je pensais à mourir. Personne ne m’avait encore parlé de patriarcat ni d’aliénation, de traumas intergénérationnels et encore moins de capitalisme psychologique. Cependant, on m’a rapidement parlé d’antidépresseurs, d’anxiété généralisée, de trouble de concentration et de débalancement chimique dans le cerveau.

J’étais content/e qu’on voit ma détresse alors ça ne m’importait pas trop qu’on la voit comme une maladie. On m’a offert beaucoup d’explications sur mon corps et certains phénomènes émotionnels, nerveux et psychologiques dont on ne m’avait jamais parlé avant. J’ai été plongé dans un corpus de diagnostics et de termes scientifiques globalisants. On  m’a expliqué que mon cerveau ne produisait pas assez de sérotonine et qu’il était impossible de savoir ce qui causait ce débalancement. Probablement un mélange de facteurs sociaux, psychologiques et biologiques. C’est vrai que je vivais beaucoup de pression de performance à l’école ainsi que des intensités et traumatismes émotionnels dus à mon contexte familial. Ma confiance en moi dépendait beaucoup des autres et je détestais mon corps. Et pour accompagner tout ça, il y avait aussi des questionnements existentiels et politiques qui, puisqu’ils n’étaient pas pris au sérieux, me paralysaient. 

Le modèle biopsychosocial a été une tentative médicale de prendre en considération des réalités qui ne relèvent pas de facteurs biochimiques. C’est une perspective qui se veut compréhensive et qui accorde davantage d’importance à l’expérience subjective des personnes. Toutefois, les individu/es (les patient/es) ne sont pas réfléchi/es comme membres d’une société capitaliste, coloniale et hétérosexiste. C’est pourquoi, même si le caractère social des causes étaient admis, mon manque de confiance en moi a seulement été envisagé comme un problème individuel. Pourtant une quantité écrasante d’adolescent-e-s partageait la même réalité. C’est ailleurs, bien loin des sentiers de l'institut psy, que j’ai trouvé les outils pour comprendre ce qui nous maintenaient si insécures et déprimé-e-s.

J’avais besoin qu’on m’accompagne pour trouver des outils et affronter les grandes angoisses existentielles et relationnelles qui m'immobilisaient et m’incapacitaient. Cependant, on m’a prescrit des antidépresseurs et des anxiolytiques, du Concerta pour la concentration, pour être sûr de pas prendre de retard à l’école. J’ai consulté une travailleuse sociale qui a rencontré mes parents et des psychologues qui m’ont donné des trucs pour diminuer l’intensité et la fréquence de mes attaques de panique. 

De manière insidieuse, on m’a fait ressentir que je devais me remettre sur pied car j’avais de la valeur. Mais avoir de la valeur, à leurs yeux, ça voulait dire «avoir des chances de réussir dans la vie». Et réussir, au mieux, ça voulait dire satisfaire les attentes sociales (être productif/ve) et, au pire, ça voulait dire survivre (mais ça c’est pas idéal… faut être productif/ve). Ça ne veut jamais dire attaquer les systèmes qui nous détruisent.

On m’a encouragé/e à me projeter à travers une carrière, une profession, ou au moins à me valoriser à travers une passion respectable que je pourrais éventuellement rentabiliser. Si je ne suis pas capable de supporter une vie de fonctionnaire, ce n’est pas grave, je peux m’épanouir dans un travail que j’aime. Une carrière universitaire! Une vie d’artiste! L’important c’est que je travaille assez fort pour gagner confiance en moi, combattre mon anxiété et mes tendances dépressives, et ainsi avoir du pouvoir sur ma vie. Mais pas trop...

En réalité, dans les scénarios où ma nouvelle confiance en moi me donne envie de lâcher l’école, briser les cadres et le statu quo, les vitres et les normes de genre, je deviens soudainement une menace et on me pathologise. D’ailleurs, c’est correct que je m'intéresse aux histoires des opprimé/es, des luttes, des résistances, des révolutionnaires, même que l’érudition est une belle marque de classe sociale et de capital culturel. Mais juste si ça reste dans le domaine de l’intérêt, que ça reste purement pacifique, inoffensif. Si je me radicalise, alors c’est que je dois être en pleine désillusion. Évidemment je suis folle, les psychiatres (et les chroniqueurs) l’ont dit.

À l’époque, je n’avais pas les mots ni la confiance pour expliquer mes réticences envers l’institut psy. C’est plus tard que j’ai compris que la psychiatrie et la psychologie, même si elles tendent à se désenclaver, se sont bâties à partir d’une conception de l’être humain/e qui n’échappe pas aux idéologies dominantes capacitistes, racistes, sexistes et capitalistes. Après tout, la psychologie, même si elle prétend à l’objectivité, n’est pas une science neutre; sa naissance, son évolution et ses applications ne peuvent être réfléchis séparément des intérêts économiques et idéologiques ainsi que des humain/es qui ont porté son existence.

Avec du recul, je suis donc très critique des solutions qu’offre l’institut psy. Je veux mettre en lumière les contradictions et les failles du discours dominant sur la “santé mentale”. Quand j’étais au secondaire et que j’observais certain/es de mes ami/es qui vivaient des réalités tout aussi complexes et difficiles que moi - mais dont la souffrance n’était pas visibilisée car iels n’entraient pas dans une des cases-diagnostiques du DSM - je me sentais privilégié/e de recevoir du soutien institutionnel. J’avais complètement intégré le regard de l’institut psy sur ma réalité. J’aurais voulu que mes ami-e-s puissent aussi recevoir des diagnostics afin de légitimer leur réalité. Mais je me suis rapidement senti/e étouffé/e par les diagnostics et l’image de moi-même que je devais maintenir pour avoir accès à du soutien. Aujourd’hui, je développe des outils et des réseaux de soutien en dehors de l’institut psy mais j’ai encore besoin de certaines ressources que seules les institutions officielles possèdent. Je dois donc me faufiler à travers leurs codes et jouer le jeu afin d’obtenir ce dont j’ai besoin. Le plus important c’est que je ne fasse jamais dépendre la légitimité de mon vécu sur la reconnaissance hypocrite que peut m’offrir ces institutions.

 

La liberté est thérapeuthique

Ce n’est qu’en bouleversant les impératifs du temps et de l’espace social que peuvent être imaginés de nouveaux rapports et de nouveaux environnements. Le vieux philosophe disait qu’on ne désire que sur la base de ce qu’on connaît. Les désirs ne peuvent changer que lorsque change la vie qui les fait naître. Pour le dire clairement, l’insurrection contre les temps et les lieux du pouvoir est une nécessité matérielle et en même temps psychologique (À couteaux tirés avec l’Existant, ses défenseurs et ses faux critiques).

Je suis toujours consterné/e lorsque je me met à imaginer ce qu’aurait été ma vie si j’avais continué à croire aux mythes que les institutions ont voulu me faire avaler; si je n’avais pas rencontré les idées, les histoires, les luttes et les gens qui nourrissent les différents mouvements de résistance; si je n’avais pas fait le choix radical de mettre en action mon corps et mes idées, de les mettre en jeu; si je n’avais pas fait l'expérience du pouvoir d’action collective. 

Quand j’ai été hospitalisé dans l’aile psychiatrique, je ne parlais jamais de mes questionnements existentiels et politiques. J’avais peur qu’on ne me prenne pas au sérieux. De toute évidence, les psychologues et les psychiatres n’étaient pas les interlocuteurs idéaux pour remettre en question avec moi les fondements de l’ordre social. Pourtant les choses auraient été tellement différentes si, en plus de me parler d’identification des émotions et de techniques de relaxation, on m’avait encouragé/e à m’interroger sur les relations de pouvoirs et les violences genrées qui empoisonn(ai)ent ma vie.

La thérapie m’a appris plusieurs choses dont l’individualisation de mes difficultés et la création d’une une rupture entre l'intérieur et l'extérieur. Même les individus les mieux intentionnés et dévoués qui ont voulu m’aider finissaient toujours par m’enfermer dans leur vocabulaire stigmatisant et naturalisant. Mon expérience avec l’institution psy m’a rapidement permis de confirmer ce que j’étais en train d’apprendre au sujet de la société: les institutions qui constituent le système dominant dépendent du système dominant pour se reproduire. Elles reproduisent donc à leur tour le système, ses normes et ses injustices. Ainsi, les dispositifs sociaux qui ont la prétention de nous aider deviennent les mêmes qui nous nuisent.

Oui bien sur, les thérapeuthes m’ont poussé/e à prendre confiance en moi et à m’affirmer. Cependant, pour «gérer mon anxiété», on m’a surtout invité/e à fermer les yeux sur les injustices dont je devenais conscient/e parce qu’elles me rendait trop anxieux/se. Mais pourtant, ouvrir les yeux sur les dynamiques de pouvoir me donnait envie d’agir, de remettre en question la compréhension du monde que je prenais pour acquis, de reconsidérer les termes de mon existence. Je me voyais enfin développer l’agentivité que l’anxiété m’arrachait. En plus, une analyse plus profonde de ces injustices m’a permis de cibler ce qui me maintenaient passif/ve et sans confiance.

Par exemple, dans sa thèse intitulée «Elle doit être folle: le discours psychiatrique, les troubles de la personnalité et la régulation des femmes subversives» Jennifer L. Reimer explique pourquoi certaines personnes en situation de subordination perdent contact avec leurs propres intérêts et sombrent dans des narratifs auto-dévalorisants:

«En tentant d'exprimer leurs préoccupations et de résoudre des problèmes, les individus subordonné/es [dont les femmes] subissent la dépréciation de leurs idées alors jugées non crédibles ou sans importance. Si l'individu tente d'exprimer sa frustration à être ignoré/e, iel rencontre encore plus de dépréciation. En tant qu'être social, la/le subordonné/e adopte rapidement des comportements qui satisferont les dominateurs riches en ressources, devenant passive/if et perdant contact avec ses propres intérêts – on peut comprendre comment cela peut mener à des «difficultés à initier des projets ou à faire des choses par soi-même , à être hautement influençable, ou à traverser des “sentiments chroniques de vide”(AAP 1994)», symptômes qui font partie des critères pour le trouble de personnalité dépendante, le trouble de personnalité histrionique et le trouble de personnalité limite. Dans le même temps la/le subordonné·e internalise des messages voulant qu'iel soit moins important/e et moins valorisé/e que les dominateurs. Les individus subordoné·es présentent de la dépression, de l'anxiété, une émotivité augmentée, de la dépendance, un esprit préoccupé, une difficulté à éprouver du désaccord par peur du rejet, et une tendance à aller jusqu'à des extrêmes pour faire plaisir à d'autres – tout cela étant des symptômes d'au moins un des trouble de personnalité abordés ici. [...]  (Reimer:2009)».

Ce genre d’analyse nous amène à nous questionner sur les rapports de pouvoir et les fonctions sociales rendues possibles à partir de comportements à priori individuels. Le féminisme m’a appris que ma socialisation n’est pas irréversible. J’ai peut-être appris à me taire et à n’avoir aucune confiance en moi, mais je peux toujours refuser les rôles genrés et la soumission.

Le terme désaliénation a pris un sens singulier lorsque j’ai commencé à me libérer  des narratifs sexistes, productivistes et capacitistes auxquels tout le monde semblait adhérer autour de moi. Cette désaliénation - qui a mis fin à beaucoup de mon anxiété et qui m’a permis de découvrir de nouveaux désirs ainsi qu’une capacité à m’exprimer - n’aurait pas été possible sans la mise en commun de mes expériences sur des bases révolutionnaires.

 

Venir à bout de notre honte

Shame corrodes the very parts of us that believe we are capable of change -Brené Brown

Tout comme les nombreuses femmes qui ont été qualifiées d’hystériques, il m’a été inculqué que je suis trop instable ou trop faible mentalement pour être un sujet politique. Plusieurs de mes ami/es font face au même discours. 

Lorsque nous voulons vivre et pas juste survivre, mais faisons l'expérience d’états de non-productivité, de folie, de dépendance, de tout ce qui tient à l’invalidité, il n’existe malheureusement pas de discours et de pratiques qui font réellement de nous des agent-e-s sociaux et politiques. Dans nos milieux d’organisation politique, nous sentons que les discours actuels qui mettent en lien le care et le militantisme ne nous permettent pas de nous sentir puissant-es. 

Souvent, dans nos milieux militants, l’anxiété n’est pas traitée comme une force matérielle réelle, alors on vient à avoir honte d’être anxieux/se, on se sent faible, désempuissancé/e. Les notions de privilèges, les normes et cultures militantes génèrent beaucoup de pression, d’idéalisation et de honte. La honte génère à son tour de l’anxiété et nourrit les sentiments d’insuffisance qui nous immobilisent et nous donnent envie de nous isoler.

L’anxiété est bel et bien une force matérielle et il est très difficile, voir impossible, d’agir à l’encontre de son système nerveux. Cependant, l’anxiété n’est pas une maladie, et est encore moins incurable. À travers le soin, le support mutuel et la reconnaissance collective de nos réalités, il est possible de diminuer radicalement notre niveau d’anxiété (et ainsi renouer avec des capacités oubliées et réaliser nos désirs d’action collective). Il est important de comprendre que nos corps et nos esprits sont des terrains de lutte où se jouent les dynamiques de pouvoirs que nous voulons destituer. Il importe donc de mener une guerre sur plusieurs fronts à la fois.

Je n’ai pas envie de déserter les communautés politiques qui sont les miennes mais l’organisation politique avec des gens qui ne montrent aucune vulnérabilité me fait sentir insécure et insuffisant/e.. J’en suis presque venu/e à croire que toute prise en charge personnelle ou collective de l’anxiété est une forme de micro-gestion néolibérale ou une conformisation à la subjectivité capitaliste. Ce genre de discours est d’ailleurs souvent véhiculé (implicitement ou explicitement) par des personnes qui nient ou évitent de voir que plusieurs de leurs comportements sont des produits de l’Empire (le patriarcat, la cisnormativité, la suprématie blanche, etc.) et servent à sa reproduction. Comme ces personnes arrivent à continuer de lutter sans adresser leurs anxiétés et leurs réalités internes, il est facile de croire que l’anxiété n’est pas une véritable force incapacitante.

Je ne veux pas arrêter de lutter, de prendre nos vies et nos combats au sérieux. Je ne ne veux pas me ranger, arrêter de questionner. On observe tous/tes ce phénomène, celui où certain/es de nos ami/es s’épuisent et se pacifient. Comme iels ne peuvent pas remettre en question les standards de leur milieu militant, iels se retirent. On parle parfois de «burn-out militant». Probablement que c’est la seule solution qui semble leur offrir un répit. Avant, ça me mettait en colère, je me sentais trahi/e. Ou pire, je me sentais ironiquement supérieur/e: moi, j’étais un/e révolutionnaire assez solide pour ne pas être récupéré/e par le système. 

Évidemment, le retrait du militantisme ne permet pas un véritable répit: les injonctions, les dispositifs de l’Empire continuent de grandir en et autour de celleux qui renoncent à leurs convictions. Afin de sortir de cette impasse, il est impératif de redéfinir notre compréhension collective de l’anxiété et des forces qui sont en jeu lorsqu’on crée des milieux qui reconnaissent et valorisent seulement certaines formes de lutte. 

De nombreuses personnes avant moi et avec moi ont envie de faire en sorte que nos communautés militantes prennent au sérieux l’enjeu de l’anxiété. Pour que celleux qui prennent les devants ne soient pas seulement celleux qui ne portent pas le poids quotidien de l’anxiété ou des traumas à soigner. C’est vrai que réfléchir et travailler sur ses schémas relationnels ou parler de bienveillance entre ami-es ne semblent pas aussi offensif qu’une manif-action. L’idée c’est de s’arranger pour ne pas avoir à choisir entre l’un ou l’autre, mais de réaliser que l’un ne devrait pas venir sans l’autre. Et que ce sont souvent toujours les mêmes qui font l’un ou l’autre... On doit prendre soin pour attaquer. On doit attaquer pour prendre conscience de notre force collective.

Malheureusement pour moi, dans les dernières années, attaquer ne me fait pas toujours sentir très puissant/e. J’ai envie de mettre mon corps en action mais les modes conventionnels de la manif et de la grève me dépriment. Je n’ai pas envie de prendre part à des actions dans lesquelles l’information est contrôlée par les garçons. Alors qu’ils élaborent des initiatives de lutte visibles et fracassantes, des luttes se jouent aussi à l’arrière-scène et elles sont épuisantes. J’ai compris l’étendue de l’aveuglement qu’ont certaines personnes militantes lorsque j’ai entendu un ami proposant comme remède à un autre ami qui était déprimé d’aller faire l’émeute. L’adrénaline, le pouvoir d’action et la réappropriation de l’espace qu’offre l’émeute génèrent un sentiment de puissance qui lui est propre. Mais l’émeute ne peut pas remplacer le soutien émotionnel et les processus complexes de guérison des traumas.

En ce moment, des révoltes, des mouvements de résistances, des conflits avec la police et les autorités se multiplient à travers le monde. C’est normal que notre sentiment d’inaction et d’impuissance soit grandissant.  Ici, on dirait parfois qu’aucun printemps ne pourra plus jamais faire exploser l’apathie. Le désir de libération est trop souvent canalisé dans les campagnes électorales, l’implication dans des syndicats et les recherches universitaires. Les possibilités d’action se restreignent trop souvent à un attachement obsolète à des formules révolutionnaires passéistes ou aux fausses promesses du libéralisme et de la social-démocratie.

Malgré tout, j’ai envie de vous rassurer, vous qui n’arrivez pas à trouver de modèle à suivre dans les formes d’actions politiques actuelles. C’est normal. J’ai envie que vous  sachiez que l’alternative n’est pas de faire des compromis avec le système, de se ranger et de mener une vie où on doit se mentir à soi-même. Notre imagination n’attend qu’à être libérée et stimulée; des formes de soutien et de luttes durables et spontanées peuvent émerger. J’ai envie que vous partiez de vos propres expériences, de votre désir de solidarité, de désaliénation et de mise en commun. J’ai envie qu’on se se libère des discours totalisants qui attaquent la complexité et la multiplicité des formes de vies et de lutte. Je veux que vous sachiez que la puissance et le pouvoir d’action s’acquièrent à travers la résilience et l’humilité. L’écoute active et la connaissance de son système nerveux, par exemple, sont des instances de révolte toute aussi importantes que de savoir briser une caméra de sécurité ou concocter un cocktail molotov. Pour certain/es, l’un est plus facile que l’autre; il est toutefois nécessaire de se rappeler que l’un de remplace pas l’autre et que la honte et la culpabilité sont des phénomènes complexes qui méritent d’être adressés et pris en considération. 

 La honte maintient les gens dans des états où ils ne peuvent pas entretenir de dialogues sincères avec elleux-mêmes et les autres. 

La honte est généralement déclenchée par nos insécurités et les pensées fondamentales que nous entretenons envers nous-mêmes. Nous intériorisons la honte à travers nos interactions sociales, par les normes culturelles, par la violence, les oppressions systémiques et par les binarités dont le monde est obsédé. 

Ces dichotomies créent une pensée binaire qui ne laisse aucune place à la nuance et qui ignore les complexités de nos expériences (homme ou femme, bon ou mauvais, etc.). Le milieu militant crée aussi ses propres dichotomies. Comment les perpétuons-nous? 

La honte nous fait sentir que quelque chose ne va pas chez nous et nous donne envie de nous isoler. Nous ressentons que nous sommes mauvais/e. Que nous sommes indignes. Et la honte est profonde. 

Lorsque nous tentons de nous éloigner de la honte et que nous réalisons que les gens éprouvent de la douleur et sont des êtres complexes, nous brisons les barrières sociales et ouvrons la porte à de nouvelles formes de sensibilités politiques et de soins collectifs.