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Tous les yeux sont tournés vers Unist'ot'en, alors que l'agression de la GRC sur les défenseurs des territoires semble être possible d'un jour à l'autre. Le barrage policier mis en place il y a bientôt trois semaines empêche l'accès au territoire défendu par les Wet'suwet'en - selon des critères flous et variables - aux journalistes, aux habitants, aux avocats et aux personnes venues en soutien. Plusieurs ressources matérielles essentielles restent ainsi coincées du mauvais côté du barrage. Les hélicoptères survolent le camp alors que la police regroupe ses effectifs dans les villes voisines.
 
 
Des warriors de plusieurs communautés ont aujourd'hui répondu à l'appel à la solidarité lancé par les Wet'suwet'en, participant à une opération escargot [rolling blockade] entre Kanehsatà:ke et Montréal. Le rassemblement s'est commencé avec une prière et une cérémonie de smudge (purification par la fumée de sauge) à la mémoire de Bonnie Atagootak, femme inuite retrouvée morte jeudi à Ottawa. Pendant deux heures, un convoi de voitures arborant des drapeaux du Two Row Wampum, Warrior et Haudenosaunee a roulé à basse vitesse sur plusieurs voies de la 640 direction ouest puis de la 15 direction sud, pour finalement rejoindre un rassemblement de soutien devant les bureaux de la GRC dans le quartier Westmount. 
 
Les Warriors ont apposé un avis d'éviction émis par les Wet'suwet'en sur les portes des bureaux de la police fédérale. Le document somme la GRC de quitter le territoire et d'arrêter de tenter d'y imposer la loi coloniale canadienne. Une membre de la nation Wet'suet'en a pris la parole pour y réaffirmer l'importance de la vie à même le territoire dans le processus de gouvernance traditionnelle.
 
Malgré une forte présence de la police provinciale et municipale avant, pendant et après le blocage lent, aucune intervention n'a eu lieu et l'action a réussi à causer un ralentissement significatif du traffic.
 

 

Nous nous sommes entretenus avec l'organisateur, Whitefeather de Kanehsatà:ke, sur cet événement et sur ce qui se passe dans la communauté.
Pourriez vous dresser le portrait de ce qui se passe aujourd'hui? Qui est ici et pourquoi? Quel message voudriez-vous transmettre?
 
Nous nous rassemblons aujourd'hui pour une rolling blockade, pour montrer notre solidarité avec ce qui se passe dans l'ouest, parce que ce qui arrive là bas arrive aussi partout au pays. La police entre sur nos territoires et essaye de nous dire quoi faire ou ne pas faire. On voit bien ce qui se passe là bas : ils disent aux journalistes, aux premières nations et aux traditionalistes qu'ils ne peuvent plus aller sur leurs terres parce qu'ils vont y construire un pipeline. Il faut que ça s'arrête. Il faut que le Canada prenne un pas de recul et comprenne que nous avons des droits ancestraux qui découlent de nos manières de faire traditionnelles. Leur système ne fonctionne pas pour nous et leurs façons de faire entrent toujours en confrontation avec les nôtres. Des gens de plusieurs nations, Autochtones, Canadiens ou autres, se rejoignent aujourd'hui parce qu'elles n'en peuvent plus de ne pas être écoutées par le gouvernement. Nous allons à Montréal pour s'assurer qu'ils comprennent notre message : ils n'ont pas d'autre choix que de nous écouter.
 
Outre l'action d'aujourd'hui, quels sont les autres projets et luttes en cours ici à Kanehsatà:ke, quels évènements bénéficieraient d'une meilleure visibilité médiatique, de plus d'attention?
 
Effectivement, la majorité des problèmes ne sortent de l'ombre que lorsqu'il est trop tard. C'est particulièrement le cas ici dans la communauté, à cause de ces séparations qu'il y a entre les membres de la communauté et le conseil de bande. Savez-vous par exemple que plusieurs élus tentent de faire de Kanehsatà:ke une municipalité, soi-disant pour répondre à la question de la surpopulation - un problème qui se pose dans plusieurs communautés à travers le pays. Toutefois, c'est une avenue que la communauté ne souhaite pas emprunter puisqu'elle nous conduirait tout droit à l'assimilation. En gros, la municipalisation des réserves entraîne la perte de nos droits ancestraux et de nos territoires traditionnels. Puisqu'ils travaillent sans relâche à l'assimilation des peuples autochtones, nous n'avons d'autre choix que de nous tenir et d'affirmer notre souveraineté. Nous sommes les justes propriétaires, les justes protecteurs de ces territoires.
 
L'urgence de la question climatique réaffirme l'importance de notre responsabilité face à la destruction - c'est depuis le début qu'ils ignorent nos voix, qu'ils se ruent vers le charbon, le gaz, le pétrole et qu'ils s'appliquent à déposséder les territoires des ressources.
 
Pourriez-vous nous en dire plus sur le changement de service de police prévu dans la communauté?
 
Des discussion sont en cours pour qu'il y ait un nouveau service de police dirigé par la GRC à Kanehsatà:ke à partir d'avril, au plus tard en juin. Le conseil de bande y travaille en collaboration avec le gouvernement fédéral. Il y aura des rencontres au sein de la communauté pour en discuter, mais il arrive que ces rencontres arrivent trop tard, alors qu'ils ont déjà décidé de tout et mis en place leurs décisions. C'est très divisé comme toujours. Nous ne sommes pas différents des autres communautés : nous avons nos problèmes bien sûr, mais nous sommes aussi capables de les règler entre nous.
 
J'espère que tout se passe très bien aujourd'hui, que personne ne se fasse arrêter ou mettre en prison. Le SPVM sait que nous agirons bien car nous voulons montrer que nous sommes mieux intentionnés que ceux qui veulent la destruction. C'est notre dernier recours pour que nos voix, nos gestes, nos mots et nos manières de faire ancestrales soient entendues d'avantage.
 
 
 
 
 
 

Rolling Blockade in Kanehsatà:ke

In Solidarity with Unist'ot'en

 

All eyes are on Unist'ot'en. Tensions are high, and an RCMP attack on the land defenders seems a constant possibility. The police roadblock set up almost three weeks ago prevents access to the territory defended by the Wet'suwet'en, blocks access for journalists, residents, lawyers and people who have come in support according to criteria that are vague and inconsistently applied. As a result, many essential materials are stuck on the wrong side of the dam. Helicopters fly over the camp as police regroup in neighboring towns.

 

 
Today, warriors from several communities responded to the call for solidarity launched by the Wet'suwet'en, participating in a rolling blockade between Kanehsatà: ke and Montreal. The rally began with a prayer and a smudge ceremony in memory of Bonnie Atagootak, an Inuit woman found dead Thursday in Ottawa. For two hours, a convoy of cars with flags representing the Two Row Wampum, the Warrior Society and the Haudenosaunee drove at low speed on several lanes of 640 West and then 15 South, moving into Montreal to join a supporting rally in front of the RCMP offices in Westmount. 
 
The warriors affixed an eviction notice issued by the Wet'suwet'en to the doors of federal police offices. The document urged the RCMP to leave the territory, and to stop trying to impose Canadian colonial law upon it. A member of the Wet'suwet'en nation reaffirmed the importance of living on the land through practices of traditional governance.
 
Despite a strong presence of the provincial and municipal police before, during and after the rolling blockade, no intervention took place and the action succeeded in causing a significant slowdown in traffic.
 
 
We spoke with the organizer, who wished to be identified as Whitefeather and lives in Kanehsatà: ke, about this event and what is going on in the community.
Could you give us a picture of what is going on today, like who is here and why, what drives you here today, and what message are you trying to send?
 
So today we are gathering to do a rolling blockade to show solidarity with what is going on out west, and really all across the country with the policing: coming onto our territories, telling us what we can and cannot do. With what’s going on out west with the pipeline, they are telling journalists, First Nations, the traditional people, that they cannot go into their territorial land - I think that needs to stop. We do have traditional laws, we have traditional rights that Canada seriously needs to step back and take a look at, because their system is not working and is always clashing with our people. So today a lot of people are gathering because they are getting tired of not being heard. And not just from First Nations but other nations too, and other Canadians. So today we are demonstrating and going to Montreal, to let our voices be heard and to make sure that the government municipals come back and talk with us. 
 
Beyond this action today, what other political efforts and projects are on their way and what other projects are happening? Are there other events here that you feel do not get enough attention, that could use a spotlight?
 
There are a lot of issues that do not get a spotlight until it is too late. Especially here in this community where there is such a big division between its members and with the band council. And a lot of people who don't want Oka--or Kanehsatà:ke I should say—who don’t want their territory to be overpopulated. You know, a lot of the municipals want to work with Kanehsatà:ke to turn it into a municipal. That’s one thing that the people don't want. If we do that, basically, we lose our rights. We lose our land. Per say, we are going into assimilation - that's what they want, that's what they are pushing. As we are the rightful owners, the rightful caretakers of the land, we need to keep that sovereignty strong. Especially now with climate change, that is now the biggest issue. And as I was saying, since the beginning they are not listening to us, they keep pushing for oil, oils, gas - taking the resources from the land.
 
Could you say more about the police force they want to bring in?
 
In the last couple weeks, there has been talk that the band council want to bring in the police force into the community either by April or no later than June. And that's what they are really working on with the federal government. And it's been in the papers the last couples of weeks: the grand chief is talking about this. The community will have meetings to talk about it but as I was saying earlier, sometimes, it happens too late, when all this is in the place and then they are like "it's our way or the highway." We don't need that, and that division [that comes with it].
 
We are hoping that this goes very well today, that we don't get any tickets or get taken into jail. These guys [the SPVM] know that we are going to be on our best behavior today. We need to be the better person, the better people out there, better than the ones that are out there wanting to start shit. It's our last resort to go that way; we just want our voices, our actions, words, our traditional laws, and our traditional ways to be heard more.