Depuis les derniers mois, le mot a commencé à circuler à travers les villes, les villages et les réserves que des comités articulant la défense et la décolonisation des territoires commençaient à se fomenter. Ces comités participent ainsi à l'effort beaucoup plus large qui tente d'ouvrir les horizons futurs du mouvement décolonial au Québec et à l'organisation de sa convergence avec les autres luttes qui nous animent et qui fracturent les territoires Ils sont avant tout un prétexte au foisonnement d'initiatives. Un outil de rencontre pour aiguiser nos sens, affûter nos sensibilités. Ils s'apparentent à un spectre, hantant jusque dans leur demeure, les possédant.e.s et les gouvernant.e.s qui veulent aménager nos vies avec leurs projets de développement.  

 

Il ne peut pas suffire de multiplier les publications sur l'extractivisme pour penser pouvoir renverser l'ordre colonial du monde. La situation actuelle met de l'avant la nécessité de la présence physique et de la confrontation avec ce qui ravage les mondes. L'installation d'un blocage et d'un camp en soutien à Gaspegawagi contre l'industrie pétrolière Junex, les liens avec la communauté Mi'kmaq en lutte contre l'administration coloniale et le développement d'un réseau de résistance entre Montréal, Québec et la Gaspésie sont l'exemple de ce qui devrait se manifester maintenant partout sur le territoire.

 

ENQUÊTER

  « On entend par infrastructures essentielles les processus, les systèmes,  les installations, les technologies, les réseaux, les biens et les  services qui sont essentiels à la santé, à la sécurité ou au bien-être  économique des Canadiens et des Canadiennes, ainsi qu'au fonctionnement  efficace du gouvernement. La perturbation de ces infrastructures essentielles pourrait se traduire en pertes de vie et en effets économiques néfastes, et pourrait considérablement ébranler la confiance du grand public. » Il nous faut développer la même lucidité que l'État colonial face au fonctionnement réel de son pouvoir. Enquêter signifie chercher à comprendre où se situent le pouvoir et les résistances, sur quels noeuds il importe de tourner notre attention pour attaquer les processus coloniaux avec un maximum d'effet. Il faut apprendre à se lier avec celles et ceux qui luttent contre leur temps, pour la suite de leurs mondes.

 

BÂTIR L'AUTONOMIE

Les réseaux extractivistes de dépendance font circuler les ressources des périphéries vers le centre. Pour briser cette logique, nos réseaux doivent nous permettre de circuler et de se rejoindre dans l'action pour répondre aux appels lancés. Construire l'autonomie c'est d'abord viser à réunir les forces pour combattre ce qui saccage les territoires. Il s'agit d'insuffler une force nouvelle aux mouvements contestaires et de les réinventer à travers les traditions anciennes et nouvelles: ces formes de vie qui nous permettent de vivre à même le territoire nous apprennent nécessairement à lutter contre ce qui le menace. L'effort est donc multiple : intervenir dans les milieux et les luttes actuelles pour y faire tenir un pôle décolonial, appuyer les formes traditionnelles de souveraineté autochtone et reprendre le pouvoir sur nos vies. Pour cela, il faut déjà rendre notre monde habitable, c'est-à-dire se redonner les moyens matériels, les connaissances, l'imaginaire et le sens existentiel pour tenir dans la désertion et la confrontation.

BLOQUER

 Il  faut compromettre, en métropole comme ailleurs, la modernisation et le développement de l'économie capitaliste extractiviste jusqu'à les rendre intenables. La continuation de cette économie dépend de sa capacité (1) à extraire des ressources et (2) à les faire circuler. Nos considérations tactiques doivent découler de cette simple constatation. Les luttes de décolonisation des groupes autochtones s'organisent sur cette base depuis fort longtemps, bloquant autoroutes, ponts, chemins de fers pour agir sur place ou en solidarité avec des luttes ailleurs sur l'Île de la Tortue. Souvenons-nous par exemple de l'effet sur la société coloniale du blocage du pont Mercier en solidarité avec les barricades de Kanehsatà:ke. Notre mode d'organisation doit nous permettre de soutenir efficacement les luttes qui ont cours sur les territoires par-delà les frontières coloniales, d'aider à leur extension et d'acheminer des  ressources qui permettent leur durée.

 

 

Pour organiser des discussions sur les événements du Camp de la Rivière avec
des personnes ayant participé à la lutte : campdelariviere@gmail.com
Pour contribuer aux prochaines publications du journal et bâtir le réseau des comités : cddt@riseup.net

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