Dossier thématique : Anxiété, affect du capitalisme

 

Récemment j’ai rencontré une membre de ma famille biologique dont je connaissais peu l’histoire : la tante de mon père. Elle est connue principalement pour son implication dans le cercle des jeunes naturalistes – un groupe de personnes installé au jardin botanique de Montréal qui a comme mission d’éduquer les jeunes comme les vieux à l’écologie. J’étais fasciné par la ressemblances entre ses idées et celles qui m’animent, de les retrouver à travers mes racines; l’importance de l’environnement et de respecter la nature, guérir celle-ci ainsi que nos proches, partager nos inspirations à travers l’art, mais tout en gardant une grande part d’humilité. D’ailleurs, nous avons aussi en commun une reconnaissance de l’importance de vivre à travers une communautée, la mienne étant les anarchistes, la sienne étant la religion catholique. À un moment le sol a commencé à s'éroder sous mes pieds. J’étais mortifié d’entendre ses histoires colonisatrices, comme « c’était la première fois que les indiens de cet endroit apprenaient nos langues » et « je leur enseignais comment être civilisé ». À écouter ces paroles une honte me monte à la tête comme une fièvre incontrôlable. Toutes ces belles idées que je croyais avoir en commun avec cette grande-tante ne correspondent pas à mon discours anticolonial, mais elles semblent aussi être les outils utilisé par cette colonisatrice qui fait partie de ma famille. Je quitte les lieux avec la sensation inconfortable que mes entrailles sont emmêlés. Cette réalité physique que je reconnais bien dans mon corps: l’anxiété.

Ça vient d’où l’éco-anxiété? J’ai longtemps pensé que ça venait seulement de la connaissances des désastres écologiques qui créent des boules dures dans mes tripes, mais récemment je retrouve des malaises qui sont ancrés bien plus profondément dans ma colonne. Par exemple, la douce tristesse de couper un arbre pour décorer son cadavre dans notre salon avec une crèche en dessous et un petit jésus en porcelaine made in china. J’apprend tranquillement que nos racines coloniales y sont pour beaucoup dans notre éco-anxiété, que ce soit avoué et assumé ou non. Depuis que j’ai entrepris de décoloniser mon être, le sentiment de culpabilité est toujours présent, autant pour les choses que j’ai faites que pour celles de mes ancêtres. Je sens que j’en suis personnellement responsable, surtout depuis ma rencontre avec ma grande-tante. Je sais que c’est inscrit dans mes racines, dans mon histoire, dans ma génétique. Comment puis-je vivre de bonne foi sans répéter les mêmes erreurs? Je n’échapperai jamais à la blancheur et mes origines. À chaque génération, mes ancêtres ont déménagé dans un nouvel habitat sur des terres volées, ont s’est tous fait cultiver hors sol, au soleil artificiel. À défaut de pouvoir s’ancrer profondément dans une culture qui respecte la nature, je crois fortement que la constante décolonisation de nos idées est la solution pour retrouver le contact avec le mycélium qui parcourt l’île-aux-tortues. Depuis, je travaille fort à couper mes racines qui tournent en rond dans son pot de plastique pour les encouragers à s’ensauvager en terre ferme.

 

Calmer les bobos

Parce que survivre à l’éco-anxiété c’est de connaître les bons remèdes à ce qui fait mal.

Ici je m’inspire de la médecine des plantes pour trouver des façons de guérir nos blessures, mais aussi pour être plus résilientes et pouvoir continuer à se décoloniser.

Une des plantes qu’on peut utiliser pour diminuer les sensations désagréables d’une réaction allergique est l’ortie. Si l’on touche ses feuilles fraîches, elle produit  des réactions semblables à des crises d’allergies topique, parce que sur sa surface, il y a des dards pointus fait de minéraux gorgés d’une substance qui irrite la peau . Cette méthode est bien connu, on appelle ca l’homéopathie. Dans un contexte d’éco-anxiété, pour tuer le feu par le feu, on peut regarder des documentaires qui décrivent la réalité écologique, de la colonisation et de la domestication. Je pleure souvent. J’ai même pas besoin de me forcer, les images percent mon cœur et les larmes coulent naturellement comme la sève qui veut protéger une entaille dans l’écorce d’un arbre. C’est surtout pour vider la coupe pleine qui se remplit au goutte à goutte tous les jours. L’homéopathie ou une dose diluée d’une réalité violente est un remède facile à trouver en vente/piratage libre, il en existe tellement une grande variétés que chacun.e trouve sa pillule à larmes.

À l’inverse ,quand on trouve un remède avec des propriétés qui viennent balancer le mal on appelle cela de l'allopathie. Par exemple, pour diminuer la sensation de brûlure reliée à une piqûre d’insecte on peux y mettre une goutte d’huile essentielle de lavande. Son essence froide vient tout de suite apaiser la plaie et ses propriétés antimicrobiennes viennent combattre les composés qui peuvent se trouver dans la piqûre de l’insecte. Pour ma part, je crois que ce remède est celui qui demande le plus de réflexion, de temps et d’énergie puisqu’il est nécessaire de bien connaître les symptômes et d’y trouver la meilleure solution. Il s’agit d’être proactif face à l’écocide: éduquer ses proches, réduire ses impacts, aider les autochtones à défendre leurs terres, attaquer le système, planter des arbres, encourager les « mauvaises » herbes, etc. Tout ça pour mettre un baume sur ses petites racines à vif et les soulagers du mal que l’on peux avoir de percer le béton pour s’ancrer en terre, ou simplement pour briser le pot dans lequel ont est domestiqué. On est pas tous-tes rendues au même endroit, mais les solutions sont là et on peut prendre ceux qui nous font du bien et nous apaisent comme l’aloès sur un coup de soleil.

Mon dernier remède face à l’éco-anxiété je l’appelle l’allié. On peut penser à l'echinacea qui booste notre système immunitaire lors de la saison des grippes ou les petits poisons de la vie quotidienne qui nous aide à passer à travers des épreuves difficile, comme une bière froide après une longue journée de travail. Les allié-es sont mes ami.es qui comprennent et partagent mes états d’âmes, celleux à qui je peux m’ouvrir en toute vulnérabilité. C’est mon chat qui me ramène à la naissance après avoir passé des longs moments dans l’océan de mon lit. Ce sont les arbres dans les parcs avec lesquels j’essaie de bâtir une relation. Les plantes que j’ai récoltées et séchées, que je prépare en tisane avant d’aller me coucher et qui me rappellent les jours où j’ai trouvé l’abondance. C’est tout ce qui me supporte et dont l’utilité est de m’encourager à continuer mes combats, ne pas succomber à l’anxiété ou tomber dans le nihilisme. Combattre les illusions et me donner l’énergie d’assumer le réel. C’est ça vivre à travers l’écocide et l’éco-anxiété. C’est se trouver des moyens ensemble pour continuer à survivre encore un peu avant la mort éminente de ce monde.

 

Vivre à travers le deuil

La mort. Je la sens dans mes os, dans l’exosquelette de la croûte terrestre, dans l’extraction des minéraux, les coupes à blancs, l’extinction de masses des espèces végétales et animales. On brise le cycle des nutriments, on empoisonne notre eau à mesure qu’on fauche les champs industriels, on s’entre-tue. Notre réalité est enveloppée d’une mort constante. Apprendre à vivre avec le deuil est primordial pour moi. Mes parents voudraient que j’oublie mes peines en prenant des médicaments, en vivant dans une illusion comme iels l’ont fait toute leur vie. Pour moi ce n’est pas une option, accepter de vivre avec le deuil c’est nommer mon anxiété et y donner une rivière où couler. Accepter de vivre avec le deuil c’est aussi être vrai en face de l’apocalypse. En pleurant à travers les bourrelets de forêt de mère nature, j’ai l’audace d’avoir de l’agentivité sur mes émotions et de la compassion pour cette terre qui m’offre autant dans sa déchéance. Ça renforce le lien que j’ai avec elle, ça m’aide à comprendre qu’est-ce qui se passe, à voir les fautes.

Le tarot m’a appris que la mort fait partie d’un cycle qui donne naissance à une nouvelle ère. Je m’imagine qu’à travers les cendres des feux de forêts la renaissance du phoenix est possible. De toute façon, même si nous brûlons, la terre vivra un nouveau cycle, les bactéries survivront, les champignons continueront à manger la roche et à créer un nouvel hummus, les éléments et la magie y seront jusqu'à l’explosion du soleil, puis se transformeront encore. Ça m’aide de penser à ça. La tristesse dans le deuil vient du fait que ce qui facilite et accélère la destruction de ce cycle si magnifique est causé par les humains. Je le vois dans l’histoire enseignée , dans les moments présents, je le ressens dans mon intuition. L’empreinte des humains sur l’écologie me fait mourir de honte et me recroqueviller dans le deuil. J’y verse mes plus belles larmes, comme une offrande à la nature, pour me faire pardonner, me faire comprendre par elle. Je hurle, je peins, j’écris pour me soulager comme une saignée des émotions qui m’habite et qui sont valides face à la réalité.