Pas une journée ne passe sans qu’un épiphénomène du réchauffement climatique ne vienne ravager une partie du globe ou qu’on nous rappelle comment la diversité animale chute drastiquement chaque année. Sous l’effet de l’extraction massive des énergies fossiles, la catastrophe fait irruption dans notre quotidien et nous peint un futur sombre. Le déraillement d’un train chargéde pétrole fait exploser un village entier. Le changement soudain du climat paralyse toute une région. Ce qu’on nomme catastrophe n’est que le fonctionnement normal d’une économie fondée sur l’accélération et la croissance.

 

Les énergies fossiles, censées nous libérer de ladépendance au soleil, nous ont rendu.es dépendant.es aux institutions et infrastructures qui les produisent. Au delà de l’alternative infernale, entre ceux désirant retenir ouaccélérer la fin du monde, un parti de la vie se dessine enprenant sur lui de combattre les projets de l’économie de la mort et de réhabiter le monde.

 

Dépossédé.es, l’on voudrait nous voir vivre déconnecté.es des autres, chaque individu dans sa petite case personnelle, aveugle à la violence qu’exige cet ordre pour se maintenir en place

 

«Défendre les territoires, c’est briser cette bulle. C’est réapprendre à vivre avecce qui nous entoure et composer avec ce qui nous constitue. Briser le temps normal de l’économie, se retrouver. »

 

Le blocage des projets de Junex en Gaspésie et le Campayant suivi sont de ces espaces qui nous permettent denous rassembler et de nous organiser contre ce qui ravagele monde. Ils se lient aux territoires et y tissent denouveaux sentiers.

 

Là est le premier point de contact possible. Lesmouvements écologistes, en proposant quelque chose denouveau pour les allochtones, ont rejoint des idées trèsanciennes pour les Autochtones. C'est en refusant depenser la terre comme une simple marchandise, devouloir son exploitation pour le profit et en reconnaissantque c’est elle qui nous nourrit, que des possibles se sontouverts. En défendant la terre contre le intérêts propresd’un État ou bien d’une entreprise, des ponts ontcommencé à s’établir entre des mondes qui semblaientjusque­là irréconciliables.

 

Mais si le désastre qu’est l’économie du pétrole nousapparaît comme évident, le rapport à celui­ci se conçoitdifféremment du point de vue des peuples autochtones.Pour eux, cette catastrophe est une réalité se réactualisantdepuis 500 ans. La destruction de l’environnement va depair avec la dépossession qui la précède. Leur perspectivenous éclaire sur le caractère colonial de l'histoiremoderne. Elle nous permet de comprendre que ledéveloppement de l’économie n’a été possible que par ladépossession et l’exploitation. Que ce système fonctionne encore aujourd’hui sous cette même logique et que Junexen est l’ultime représentant

 

Poser la question de la défense des territoires en «Amérique» implique donc inévitablement de penser le processus par lequel l’économie extractiviste et sesinstitutions ont pu y croître. Ce processus, c’est lacolonisation, c'est­-à­-dire le pillage, le saccage et l'occupation des terres autochtones.

 

Du point de vue autochtone, défendre les territoires estdonc inséparable de la lutte de décolonisation. Dans ce processus, les souverainetés ancestrales bafouées par 500 ans de conquêtes doivent être revalorisées et mises del’avant. Pour les écologistes, cela implique d'assumer la production de mondes allochtones capables d'habiter sans déposséder. À travers une lutte commune contre ce qui nous menace et pour la survie des traditions nouvelles etanciennes, des mondes jusqu'ici incompatibles peuvent se rencontrer. Cette rencontre devra penser l'ordre colonialpour sa destruction. Par là, nous pouvons nous adresserdes problèmes communs.

 

La construction des « Amériques » n’aura été qu’un longprocessus violent pour s’accaparer territoires et ressources. Les fourrures hier et le pétrole aujourd’hui. Lepoint de vue décolonial offre à penser cette tragédie. Pour interrompre l’Histoire, il faut bloquer ce qui la construit,c’est­à­dire l’infrastructure de l’économie extractiviste.

 

La force mobilisatrice qui pourrait émerger d’alliances concrètes entre perspectives écologiste et décoloniale, entre allochtones et Autochtones serait annonciatrice de luttes victorieuses. Cette possibilité de gagner contre cemonde et d’en ouvrir d’autres est entre nos mains. À nous de la saisir !

 

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