English version follows.

1. LES GOUVERNEMENTS NE NOUS SAUVERONT PAS

Ceux qui profitent de la destruction des écosystèmes et de l’exploitation des gens qui nous tiennent à cœur ne seront pas « réformés ». Ils prétendront entendre nos voix et, par moments, mettront en place de grandes entreprises spectaculaires pour apaiser temporairement notre colère. Ils nous encourageront à canaliser notre anxiété dans des gestes inutiles qui ne font que renforcer l’individualisme. Pendant que certain.es d’entre nous s’efforcent de prendre des douches plus courtes ou de réduire les déchets qu’iels produisent, les représentants des gouvernements, des universités et des entreprises investissent sans aucune gêne dans de nouveaux pipelines, organisent des conférences académiques dépourvues de toute critique systémique ou s’envolent vers de luxueuses rencontres pour faire des promesses creuses.

L’impact humain des émissions de gaz à effet de serre sur le climat est connu depuis la fin du 19e siècle. L’impact du dioxyde de carbone sur le réchauffement climatique est largement reconnu depuis les années 70. Depuis les années 80 et 90, les études et les modèles informatiques démontrent de façon accablante l’impact de l’activité humaine sur les changements climatiques. Cela fait plus de 30 ans que l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) a été fondé dans le but de compiler de l’information et de conseiller les gouvernements sur la façon de minimiser les changements climatiques anthropiques (produits par l’humain) qui ont déjà causé la perte d’innombrables vies humaines et l’extinction de plusieurs autres espèces animales. Ce panel affirme maintenant qu’il ne nous reste que 10 ans avant d’atteindre un point de non-retour vers la mort de la planète. Ce sont les pays du Nord global qui consomment la majeure partie des ressources de la planète. Et pourtant, nous voici encore à demander aux gouvernements coloniaux et à la classe politique qui ont causé cette catastrophe de bannir les pailles de plastiques et d’augmenter la taxe sur le carbone. Cela fait des décennies que nous les supplions. Il est grand temps que nous reprenions le pouvoir sur la situation.

2. LE CAPITALISME ET LA CRISE CLIMATIQUE

Le capitalisme est un système socioéconomique et politique qui implique qu’une poignée de privilégiés possèdent ce dont le reste d’entre nous a besoin pour survivre. Cela signifie que la valeur des êtres sensibles est déterminée selon leur capacité à générer du profit. Les terres, les lieux de travail, les arbres, les animaux, les habitations et l’eau sont la propriété privée d’individus et d’entreprises, leur donnant ainsi le pouvoir de les exploiter comme bon leur semble, sans égard de nos préoccupations, de nos besoins et de notre bien- être. C’est ce système économique qui permet aux entreprises d’exploiter les hydrocarbures sur des territoires autochtones non cédés alors que les gouvernements étouffent toute forme de résistance en employant des forces policières militarisées.

Pour assurer son existence, le capitalisme doit maintenir en place la hiérarchie, le pouvoir et l’obéissance. C’est ce qui explique que nos actes de rébellion soient traités différemment de leurs actes de violence systémiques (ex. voler de la nourriture au Wal-Mart ou voler les terres des communautés autochtones). Les actions que l’on pose en vue d’un meilleur futur n’ont aucun sens sans une rupture radicale avec le système qui a érigé la violence et la destruction comme l’état normal (et légal) des choses.

3. COLONIALISME, RACISME ET DESTRUCTION

Être vert, c’est aussi s’opposer au colonialisme et au racisme. Ces systèmes d’oppression sont intégralement imbriqués dans la crise climatique.

La pollution atmosphérique ne peut être comprise sans prendre en compte le passé et le présent des réalités coloniales. Notre compréhension des contributions respectives de divers pays aux changements climatiques doivent rendre compte de l’émission historique des gaz à effet de serre et, encore davantage, de qui profite de la destruction. Des entreprises et des empires ont été bâtis sur l’exploitation des Noirs, des communautés autochtones et d’autres personnes de couleur. Des entreprises canadiennes et américaines assassinent des militant.es pour la protection de la terre en Amérique latine et en Afrique, empoisonnent l’air et les courants d’eau en Asie et expédient nos ordures par bateau pour les déverser loin de nos regards.

À plusieurs moments dans l’histoire canadienne, la dévastation écologique a été utilisée comme une arme à l’encontre des communautés autochtones. Au 19e siècle, la surchasse des bisons par les colons dans les Prairies a mené à des famines, alors que la pratique était encouragée en toute connaissance de cause par le gouvernement canadien de John A. McDonald comme outil génocidaire visant à « clear the West ». De telles pratiques continuent toujours aujourd’hui. Dans la communauté autochtone de Grassy Narrows, située près de la frontière de l’Ontario et du Manitoba, l’eau a été contaminée par du mercure déversé dans leur source d’approvisionnement en eau par une usine de papier en amont. Une étude estime que 90 % de la population souffre d’un empoisonnement au mercure, qui peut causer entre autres des changements émotionnels, des troubles cognitifs ou des pertes de auditives. Le métal lourd peut être transmis d’une mère à son enfant durant la grossesse, ce qui en fait une problématique qui s’étale sur plusieurs générations. C’est l’héritage du colonialisme et du génocide canadien: pour plusieurs personnes la catastrophe écologique a déjà eu lieu il y a plusieurs centaines d’années.

Les personnes les plus opprimées sont toujours celles qui payent le prix des modes de vie occidentaux et de la croissance effrénée qui les accompagne. Les sécheresses, les inondations et les famines sont de plus en plus communes et créent des réfugiés climatiques de plus en plus nombreux. Pendant qu’on se bat contre les changements climatiques, on doit aussi se battre contre le système de frontières qui accorde plus d’importance à certaines vies qu’à d’autres. On doit se battre contre la police qui entre chez des migrant.es au beau milieu de la nuit pour enlever les parents. On doit se battre contre la construction de la prison de migrant.es à Laval où des enfants grandissent derrière des barreaux. On doit se battre contre les guerres du pétrole, qui laissent dans leurs sillages des pays entiers détruits. On doit se battre contre la suprématie blanche, qu’elle prenne la forme de milices néofascistes, de chroniqueurs conservateurs ou de l’État colonial réclamant la souveraineté sur des territoires autochtones. Au bout du compte, on doit aussi confronter quiconque accepte cette situation sans en ressentir une profonde colère. On ne peut pas accepter que les privilégiés de cette planète utilisent des termes comme « surpopulation » ou « crise migratoire » parce qu’ils sont trop apeurés ou égoïstes pour s’opposer aux réels coupables de la destruction de notre monde.

4. REFUSER LES BOUCS ÉMISSAIRES ET L’EXTRÊME-DROITE

Suite à l’ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléan en 2005, des suprémacistes blancs ont profité du désastre pour assassiner, au hasard, des personnes noires qui tentaient de survivre aux inondations. Plus récemment, en 2019, que ce soit à Christchurch, en Nouvelle-Zélande ou à El Paso, des néonazis ont commis des massacres tuant des dizaines de personnes de couleur en affirmant explicitement vouloir « sauver l’environnement ». Partout sur la planète, des pressions sont faites pour que les pays riches, ceux qui sont à l’origine de la crise écologique, resserrent leurs frontières et limitent l’immigration au nom de la protection des ressources naturelles. Parallèlement, des racistes s’en prennent aux minorités visibles ou aux populations du Sud global à coût de mesures coercitives de « contrôle de population » dans le but de limiter la croissance de la population mondiale. Au Québec, les membres des groupes d’extrême-droite anti-immigration se sont parfois retrouvés les bienvenus dans les espaces de mobilisation pour l’environnement, alors que les problématiques liées aux personnes de couleurs et à l’antiracisme ont été mises de côté.

Cet héritage de l’écofascisme doit être adressé et confronté. Autrement, les mouvements écologistes sont à risque de se faire manipuler et transformer en instrument d’oppression envers les populations qui subissent déjà le plus directement les catastrophes engendrées par le capitalisme

5. CE QU’ON PEUT FAIRE !

  • Rejeter la légalité, particulièrement quand les lois ont été faites par des États coloniaux (comme le Québec et le Canada) et ne sont pas reconnues par les communautés autochtones.
  • Écouter et faire place aux voix des communautés autochtones au sein des luttes contre la destruction coloniale et capitaliste des écosystèmes.
  • Être à l’affût de la récupération de nos luttes par les partis politiques ou les entreprises dans le but de gagner de la sympathie ou du capital.
  • Éviter les partis politiques, les organismes ou quiconque prétend se battre contre la domination tout en reproduisant des systèmes hiérarchiques de pouvoir.
  • Apprendre des façons alternatives (anarchistes, communistes, féministes, anticoloniales) d’organiser la vie sociale.
  • S’attaquer aux symboles du pouvoir capitaliste : les banques, les compagnies minières, les corporations multinationales.
  • Prioriser la lutte contre toutes les formes d’oppression, et s’assurer que le poids lié aux problèmes causés par les changements climatiques ne retombe pas sur les épaules de celleux qui sont attribué.es par le patriarcat à des rôles de soin.
  • Mettre en pratique des méthodes de prise de décision par consensus et établir des relations consensuelles.
  • S’informer, se sortir de l’isolement en trouvant des allié.es dans nos communautés et construire des réseaux de résistance avec celleux qui veulent lutter contre le pouvoir en place.
  • Ne prendre que des risques calculés et adopter des pratiques sécuritaires.
  • Et bien sûr, si on est pour se faire arrêter, que ça en vaille la peine!

Ce pamphlet de la CLAC, l'IWW, et Montréal Antifasciste a été écrit et distribué sur des terres autochtones non cédées et sur un lieu de rassemblement appelé Tiohtiá:ke (Montréal) par la nation Kanien’kehá:ka (Mohawk).

AUTRES GROUPES ET RESSOURCES DINTÉRÊT

  • Bouffe contre le fascisme - foodagainstfascism.org/
  • Solidarité sans frontières - solidarityacrossborders.org/
  • Jeunes Socialistes pour le Pouvoir Populaire - JSPP - pouvoirpopulaire.wordpress.com/
  • Montréal contre-information - mtlcounterinfo.org/
  • Résistance Montréal - resistancemontreal.org/
  • Contrepoints media - contrepoints.media/
  • SubMedia - sub.media/
  • COBP - cobp.resist.ca/
  • Bibliothèque Dira - 2035 Saint-Laurent - bibliothequedira.wordpress.com/
  • Librairie l’Insoumise - 2033 Saint-Laurent - insoumise.wordpress.com

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English version.

1. GOVERNMENTS WON’T SAVE US

Those who benefit from poisoning the land and exploiting people you care about won’t be reformed. They’ll make it seem like they hear your voices and occasionally put on grand spectacles to temporarily appease your anger. They’ll encourage you to channel your anxiety into pointless practices that only reinforce individualism. So while some of us compete to take shorter showers or to reduce our trash output, government officials, universities, and corporations shamelessly invest in more pipelines, host uncritical academic conferences, or fly jets to fancy meetings where empty promises are made.

The impact of human emissions of greenhouse gases on climate has been known since the late 19th century. The view that carbon dioxide affects global warming has been widespread since the 70s. Since the 80s and 90s, observations and computer models have overwhelmingly pointed to human-made activities as important factors in climate change. It’s been more than 30 years since the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) was created to compile information and advise world governments on how to minimize the anthropogenic (human-induced) climate change that has already claimed innumerable human lives and caused the extinction of many other animal species. This same panel now says we only have 10 years left before we reach a point of no return towards the death of this planet. Our countries are consuming the bulk of the planet’s resources. Yet here we are, asking for the same colonial governments and political class that put us in this mess to ban plastic straws and increase carbon taxes. We have been begging them for decades now. It’s time we start taking power ourselves.

2. CAPITALISM AND THE CLIMATE CRISIS

Capitalism is a socioeconomic and political system under which a privileged few own what the rest of us need to survive. That means the worth of sentient beings and plants is based on their ability to generate wealth. It’s the idea that land, workplaces, trees, animals, housing, and water, are to be owned privately by individuals or corporations, which gives them power to exploit these things however they want, regardless of our concerns, needs, and well-being. This economic system is why corporations are free to build fossil fuel infrastructures on unceded Indigenous land as governments use militarized police to suppress any form of resistance.

To exist, capitalism must uphold hierarchy, power, and obedience. That’s why your acts of rebellion are framed differently than their acts of systemic violence (e.g. stealing food from Walmart vs stealing land from Indigenous peoples). Our efforts towards a better future are meaningless without a radical departure from the system that made violence and destruction the normal (and legal) state of affairs.

3. COLONIALISM, RACISM, AND DESTRUCTION

To be green is to also to oppose colonialism and racism. Both of these things have everything to do with the climate crisis.

Atmospheric pollution can’t be calculated without taking into account past and present colonial realities. Our understanding of how different countries contribute to climate change must take into account historical greenhouse gas emissions, and most importantly, who profits from the destruction. Industries and empires have been built on the labor of Black and Indigenous people and other people of color. Canadian and American companies murder land defenders for minerals in Latin America and Africa, poison air and waterways in Asia, and put our trash on boats to be dumped far from our eyes.

Repeatedly in Canadian history, ecological devastation has been used as an intentional weapon against Indigenous peoples. Overhunting of bison by settlers led to famine in the Prairies in the 19th century, which was consciously encouraged by the Canadian government under John A. Macdonald as a tool of genocide to “clear the West.” Such practices continue to this day. Grassy Narrows is an Indigenous community near Ontario’s border with Manitoba; its water was contaminated by tons of mercury dumped into its water system by an upstream paper mill. One study estimated that 90 per cent of the population suffers from some degree of mercury poisoning, which can cause everything from cognitive impairments to hearing loss and emotional changes. The heavy metal can be passed from mothers to babies they carry, making it a problem that lasts generations. This is the legacy of Canadian colonialism and genocide; for many people the ecological catastrophe is already centuries old.

In so many ways, the most oppressed always pay the price for Western lifestyles and the out-of-control growth that accompanies them. Droughts, floods, and famines, are increasingly common and displaced people need new places to call home. Thus, as we fight climate change, we must also fight the system of borders that values some lives above others. We must fight the police entering migrants’ homes in the middle of the night to take parents away. We must fight the construction of a migrant prison in Laval that has kids growing up behind bars. We must fight against oil wars that leave entire countries destroyed. We must fight white-supremacy whether it takes the form of neo-fascist militias, conservative columnists, or colonial states claiming sovereignty over Indigenous land. Ultimately, we must also confront anyone who accepts any of this is without feeling profound anger. We can’t allow the most privileged people on this planet to use terms like « overpopulation » or « migrant crisis » because they are too scared and selfish to stand up to real perpetrators of the destruction of our world.

4. RESIST SCAPEGOATING AND THE FAR RIGHT

Certain groups are taking advantage of the catastrophes taking place to put their own hateful and nightmarish ideas into practice.

Following hurricane Katrina that devastated New Orleans in 2005, white supremacist militias took advantage of the disaster to murder random Black people they found trying to survive the floods. More recently, in 2019 in both Christchurch, New Zealand, and El Paso, Texas, neo-nazi gunmen committed massacres, killing dozens of people of color, in attacks which they explicitly framed as being to “save the environment.” All over the world, many people in the rich nations which are creating the most ecological damage are demanding tighter border controls and restrictions on immigration, often citing the need to protect natural resources. At the same time, some racists suggest that there are too many people in the world and target racialized people and people in the Global South with coercive “population control” measures. Here in Quebec, members of far right anti-immigrant groups have sometimes found themselves welcomed in environmentalist spaces and mobilizations, while the concerns of people of color and anti-racists have been simply brushed aside.

This legacy of eco-fascism must be confronted, otherwise the movement to save the planet could very easily find itself manipulated and turned into an instrument to oppress and do violence to those already most directly harmed by the catastrophes capitalism has unleashed.

5. WHAT WE CAN DO!

  • Reject legality, especially when laws are made by colonial states (e.g. Canada, Quebec) unrecognized by the first inhabitants of the land.
  • Listen to and make space for Indigenous voices in the struggle against the colonial and capitalist destruction of ecosystems.
  • Recognize when our struggles are being co-opted by political parties or companies to amass sympathy and capital.
  • Avoid political parties, non-profits, or anyone pretending to fight domination while reproducing power hierarchies.
  • Learn about alternative (anarchist, communist, feminist, anticolonial) ways of organizing social life.
  • Attack the symbols of capitalist power: banks, mining companies and multinational corporations.
  • Make the fight against all forms of oppression an active part of your militancy and do your part to ensure the burden of dealing with uncomfortable realities linked to climate change don’t fall on the shoulders of those patriarchy deems responsible for the role of care.
  • Practice consensual decision-making and cultivate consensual relationships.
  • Get informed, end isolation by finding accomplices within your communities, and build networks of resistance with others who are willing to stand up to power.
  • Only take calculated risks and practice security culture.
  • Oh and obviously if we’re going to get arrested, let’s make it worth it.

This flyer from la CLAC, the IWW, and Montréal Antifasciste was written and is distributed on unceded Indigenous land and a gathering place known to he Kanien’kehá:ka (Mohawk) Nation as Tiohtiá:ke (Montreal).

OTHER GROUPS AND RESOURCES OF INTEREST

  • Food Against Fascism - foodagainstfascism.org/
  • Solidarity Across Borders - solidarityacrossborders.org/
  • Jeunes Socialistes pour le Pouvoir Populaire - JSPP - pouvoirpopulaire.wordpress.com/
  • Montreal counter-information - mtlcounterinfo.org/
  • Résistance Montréal - resistancemontreal.org/
  • Contrepoints media - contrepoints.media/
  • SubMedia - sub.media/
  • COBP - cobp.resist.ca/
  • Bibliothèque Dira - 2035 Saint-Laurent - bibliothequedira.wordpress.com/
  • Librairie l’Insoumise - 2033 Saint-Laurent - insoumise.wordpress.com/