Cher·es ami·e,

La marche du 27 septembre s’annonce historique. Des centaines de milliers de personnes sont rassemblées dans les rues pour dénoncer l’inaction des gouvernements face à la catastrophe climatique. À l’aube de cette journée qui marquera un tournant pour les luttes écologistes, certaines réflexions nous semblent nécessaires.

Plutôt que de considérer cette manifestation comme un événement isolé, nous préférons y voir une rupture dans le quotidien, une rupture avec ce monde devenu irrespirable. Si nous considérons que cette journée doit marquer un point de départ pour renouveler nos manières de lutter, c’est que nous croyons que l’écologie implique d’élaborer de nouvelles manières d’habiter le monde. Il faut, et ce sans tarder, se donner les moyens de vivre différemment, c’est-à-dire de croire en notre puissance collective et de construire, de nos propres mains, un présent habitable. Nous ne pouvons pas attendre que des dirigeant·es prennent la situation en charge à notre place. Ce n’est pas la bonne foi des politicien·ne·s et des compagnies qui entravera la construction de nouveaux oléoducs, gazoducs, forages, barrages et autres infrastructures qui participent de l’extinction de masse en cours, qui participent de cet écocide irréversible. Pour bloquer ces projets destructeurs, nous ne pouvons compter que sur notre capacité effective à résister.

Historiquement, aucun mouvement politique n’a changé le cours des choses en se limitant à quelques manifestations monstres. À chaque fois qu’un·e dirigeant·e a reculé sur une décision, c’est qu’il ou elle y a été contraint·e d’une manière ou d’une autre. Contraint·e par la créativité, par la combativité, par l’intelligence collective et donc par la capacité du mouvement à déborder du cadre établi, par sa capacité à surgir ailleurs que là où l’ennemi l’attendait.

En ce sens, déborder du temps et de l’espace convenus pour la manif du 27 septembre en occupant la rue de mille et une façons nous semble une tactique désirable et nécessaire. Ce débordement est l’occasion de se rencontrer, de rompre avec le cours normal des choses et de créer une écologie qui nous tient à coeur, une écologie dont nous faisons partie et qui nous donne envie de mieux vivre ensemble. N’attendons pas que d’autres se chargent de changer les choses à notre place. Nous devons apprendre à aimer et à guérir ce monde malade, ce qui ne peut se faire dans le consensus. Il y a une distance irréconciliable entre celles et ceux qui détruisent le monde et la manière dont nous envisageons notre avenir collectif. Vivre de manière écologique, c’est entretenir des milieux de vie non pollués avec les humains et avec les non-humains. C’est faire en sorte que de la nourriture saine soit directement accessible, de même que les ressources pour se soigner et se loger. C’est être en rapport direct avec le lieu où nous vivons et qui nous permet de vivre. C’est harmoniser nos existences avec les écosystèmes desquels nous faisons partie plutôt que de dédier nos vies au travail et à l’économie qui détruisent la terre. C’est nourrir la résilience de toutes et de tous, pas seulement des plus riches, face aux changements drastiques en cours.

Les compagnies conçoivent la crise climatique comme une opportunité d’affaires et une occasion de verdir le capitalisme. Des politicien·ne·s profitent de cette catastrophe pour faire mousser leur campagne. Nous savons qu’ils et elles en sont en fait la cause et ne peuvent en contrôler les effets. La conclusion est claire : vivre écologiquement signifie vivre en refusant leur pouvoir qui détruit la vie, tout en construisant des mondes où tous et toutes ont accès à ce qu’il faut pour vivre.

Suite à la manifestation d’aujourd’hui, nous avons ouvert un espace dans les environs du Square Victoria pour faire place à cette façon d’aborder la lutte. Une rue ne devrait pas être qu’un espace où circuler entre le travail, l’école et la maison, où règnent les voitures. Une rue devrait être un espace communisé qui permet la vie, c’est-à-dire un espace où il fait bon jouer de la musique, se nourrir, se rencontrer, faire la fête. Pour être écologique, une rue doit être habitable et donc habitée. C’est pourquoi il faut se la réapproprier et qu’elle devienne le théâtre de nos aspirations, de notre joie. Gare à quiconque viendrait nous gâcher la fête!

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Dear Friends,

September 27th will be historic. Hundreds of thousands of people gather in the streets to denounce the inaction of governments in the face of climate catastrophe. Our current horizon of melting ice sheets and burning rainforest marks a turning point for environmental struggles. We can no longer wait to act.

This day will not be another isolated event—another march for the climate. We see it as a rupture of everyday life, a break with this world that has become unbreathable. This day marks a starting point for creating new ways of fighting, new ways of inhabiting the world. We must, without delay, give ourselves the means to live differently, to believe in our collective power and to build, with our own hands, a livable present. We cannot wait for leaders to determine the terms of our situation. Neither politicians, nor corporations will halt the construction of new oil and gas pipelines, boreholes, dams or other infrastructure that contributes to the ongoing mass extinction, the irreversible ecocide, that we face now. To stop these destructive projects, we must rely on our own effective ability to resist.

No political movement has changed the course of history with a single march. Our victories are won by the force of collective will and the perseverance to continue to struggle against our oppressors. Our creativity, combativeness, and collective intelligence are capable of outflanking the established framework by emerging elsewhere than where expected.

Overflowing the September 27th demonstration by inhabiting the street is a necessary tactic for a shared horizon. This convergence is an opportunity to find each other, to break with the status quo, and to construct a new and vital ecology—an ecology for better living. We cannot wait for the government to change things for us. In this sense, we must remember how to love and heal this dying world, which must be done on our terms. There is an irreconcilable difference between those who destroy the world and the way we envision our collective future. A vital ecology means maintaining non-polluted living environments with humans and non-humans. It means food, water and housing. It means to be in a direct relationship with the place we live and that which gives us life. It is harmonizing our lives with the ecosystems we belong to rather than dedicating our lives to wage labor and the economy that destroys this Earth.  It is nourishing the resilience of everyone, not just the richest, in the face of the drastic changes taking place.

Companies view the climate crisis as a business opportunity and an opportunity for Green Capitalism. Politicians are taking advantage of the disaster to boost their campaigns. We know that they are in fact the cause, and they cannot control the outcome. The conclusion is clear: living ecologically means living without them—those who destroy life—while building worlds that create more life.

We open this place of engagement following today’s event to broaden the fight. The street should be more than an avenue to move between work, school and home—where cars reign supreme. The street is where life begins. It is somewhere to play music, share meals, gather, and dance. To be ecological, vital, a street must be livable and therefore inhabited. This is why we reclaim it and make it the theater of our aspirations, of our joy.

Beware those who want to spoil the party!